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Ratage féminin : une Vie météo-paysagère

Friday, February 19th, 2010

disponible ici : 

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Spirituelle, la Psychanalyse ?

Sunday, June 22nd, 2008
Transcription des interventions (notes personnelles et inexhaustives) : les citations exactes sont entre guillemets (petits pour les auteurs mentionnés dans les exposés; grands pour les intervenants) et mes remarques sont entre crochets.  

 

 

Avant-propos :

- Rebonds à propos du livre de Jean Allouch :

La psychanalyse est-elle un exercice spirituel ? : Réponse à Michel Foucault

- Il s’agit ici de remettre en question les paradigmes ‘Per-Ne-Psy’ et ‘Nom du Père’.

- Jean Allouch se situe en une «position foucaldienne», notamment à l’aune des énoncés des années 1973 à 79. Mais aussi à l’épreuve des ‘Sex and Gender studies’ (néo-foucaldiens).

- Dans une deuxième phase, Jean Allouch prend appui sur Foucault pour repositionner la psychanalyse dans la spiritualité (avec le Foucault de 82, notamment) et la «technique de soi» comme mise en forme du souci de soi.

 

  Jean-Luc Nancy : Spirituelle, la psychanalyse ? 

- D’abord, comment situer la notion de spiritualité dans la tradition philosophique de la réduction, celle qui rompt avec Sartre, et qui, avec la métaphysique nietzschéo-heideggerienne procède au retournement de la question de l’être ?

- Cette philosophie, si on y ajoute les apports du structuralisme et l’intérêt pour les mystiques, a influencé les pensées de Foucault, Derrida, Deleuze, Lacan, etc. 
- Chez Hegel, l’Esprit (‘Geist’) a une grande importance, mais il ne pose pas la question du ‘soi’, au contraire de Derrida (par sa déconstruction) ou de Foucault.

- En ce qui concerne Foucault, la problématique dans laquelle s’inscrit la notion de spiritualité est celle de la «diffraction du pouvoir» comprenant les interactions et les «ne… que…».

- Comment définir, conceptuellement, le spirituel ?

- «Le spirituel, c’est le rapport à l’incommensurable», tout étant dans le ‘rapport’.

- Il est probable que le rapport sexuel soit lui-même spirituel…

- Le spirituel est donc «rapport au point», à ce qui est sans dimension.

- Ce rapport est un souffle [cf. étymologie : ‘Pneuma’ et ‘Ruah’], ce qui l’oppose à l’étendue (psyché : âme comme forme de corps).

- L’esprit est «hétéronome», c’est un «dehors» ‘où rien ne recouvre rien’ (E. Levinas).

- Bataille aurait dit ‘hétérologie’, ce qui oppose l’esprit à l’homologie.

- Comme dehors, il est un «imprédicable absolu».

- Cela pose la question de Dieu, le ‘rapport’ étant primordial dans la chrétienté (cf. la Trinité).

- C’est un rapport à un évanouissement, à un «point de brillance».

- Ce qui pose le plus problème est la notion d’exercice spirituel : ce que nous avons dit du spirituel s’oppose complètement à la notion d’exercice, si on entend «méditation» et «détachement» dans le terme ‘exercice’ (cf. ‘exercice d’Ignace’).

- L’exercice, c’est aussi «fonder une armée» (basé sur le latin ‘exercitus’ : armée en ordre de bataille).

- Dans ces conditions, peut-il y avoir un «projet spirituel» ?

- Le «rapport à l’incommensurable» concerne «l’ex-», c’est une «ouverture à/vers l’incommensurable».

- S’exercer est un ‘moyen’ pour trouver le «salut», pour se retrouver «sauf», «indemne».

- Ce moyen oppose deux tendances, celle de la sagesse, dans laquelle on peut placer l’Epistémè foucaldienne, et celle du savoir philosophique (platonicien) qui privilégie l’Eros…

- Le «salut» est une préoccupation chrétienne héritée du judaïsme et de Platon, mais ce salut ne sauve pas (d’un danger) puisque la ‘catastrophe’ est déjà faite, l’homme étant de toute façon pécheur : ce salut a l’allure d’une «salvation» (cf. Derrida).

- Il faut donc opposer l’exercice comme moyen de ‘pardonner’ (‘salut’ chrétien, ‘salvation’) à l’exercice comme moyen de sauver (se retrouver ‘sauf’ ou ‘indemne’).

- Pardonner, c’est faire en sorte que, dans sa perte, l’homme soit «ré-ouvert, rapporté à l’incommensurable» : est-ce un ‘exercice spirituel’ ?

- Dans la chrétienté, Dieu est esprit. Mais, contrairement à la spiritualité foucaldienne, le rapport à Dieu est un «rapport de l’ek-sistant à l’incommensurable» (‘être-le-là’ -Dasein- comme ouverture, être mis en jeu, cf. Heidegger) [savoir philosophique] et non pas un ‘rapport à soi’ [sagesse].

- L’ouverture à cet incommensurable, à ce point, est un ‘dehors’. Cela incite à penser ici le sujet comme simple «jet», débarrassé du ‘su’ substantiel (référence au ‘soi’).

- Le sujet est alors un «point nul» qui s’ouvre : ‘je’ irréfléchi, très loin du ‘soi’ (ce dernier étant un cas ‘régime’, processus infini et indéfini).

- L’enseignement principal de S. Freud est probablement celui qui concerne les pulsions (‘les pulsions sont nos mythes’) : c’est là qu’est la «force de l’esprit», force qui donne un «être-jeté-au-monde» (comme le dit Heidegger).

- Il y a quelque chose du ‘souci’ (‘sorge’ chez Heidegger) qui ouvre, mais c’est le «souci de l’être», pas le ‘souci de soi’ foucaldien. Pourquoi Foucault passe-t-il à côté du Christianisme ?

- Ici (contrairement à Foucault), il faut penser le soi comme question : «il y va de/il s’agit de l’être».

- Au sens heideggérien, il faut comprendre l’être comme «verbe transitif» : l’être «consiste à être en souci de son être», le deuxième ‘être’ de la phrase étant un verbe transitif.

- Le souci («non-repos, agitation, excitation, exposition, etc.») est déclenché par l’«il y va de mon être».

Réponse de Jean Allouch :

- Si on pense l’esprit comme un objet ou une figure, l’exercice spirituel est en effet impossible [malentendu avec Nancy qui ne pensait absolument pas le point comme figurable…]. Mais, si l’esprit est pensé «comme registre», alors cela devient possible.

- Nous pouvons penser la spiritualité en rapport aux sagesse antiques, mais Freud construit un autre exercice spirituel, avec les mêmes pièces (que les sagesses) : l’association libre !

- Le problème avec le point (si le spirituel est un ‘rapport au point’), c’est qu’il peut être coincé avec trois cordes : à partir de là, il y a «bouclage», c’est-à-dire finitude (aussi bien : «bouclage dans l’analyse»).

- Le problème du salut est qu’il n’a pas le degré de généralité du soi : le salut, c’est «faire en sorte de n’être pas enquiquiner par le symptôme» [vu comme ça, le salut -action de pardonner- se trouve dans l’association libre, donc l’exercice spirituel…]

 Jean-Luc Nancy  

- Le rapport à l’incommensurable, n’est-ce pas aussi l’‘ombilic des rêves’ ? Cela permet de penser le symptôme comme traversant le sujet, faisant de ce dernier un ‘jet’… 

Jean Allouch 

- Le symptôme apparaît au nom «d’un surinvestissement d’idéalité».

- L’ombilic des rêves est possible parce que le rêve est identifié comme rébus : cela signifie que si l’incommensurable est dans l’ombilic, alors il suppose déjà le rébus… Donc, non, l’incommensurable ne peut être dans l’ombilic («pas si tôt !») [l’esprit est en-deça : dans le rébus].

 Remarques d’un intervenant 

- Par association d’idée, le rapport à l’incommensurable, ce serait aussi renouer avec d’autres ombilics, ceux de la parole et du transfert : autant de ‘jets’…

- Par ailleurs, comment penser la «terminaison» de l’analyse et son infini, son côté incommensurable ? Puisqu’il reste toujours un «résidu inéliminable» qui puisse revenir en symptôme, il y a toujours une ouverture au cœur de la pulsion, un «écart l’habitant elle-même».

- Nous pouvons alors penser l’esprit comme rapport, mais aussi comme «renvoi». 

Jean Allouch 

- Le reste peut être résorbé à 100% comme perte : alors, où est l’incommensurable ?

[Ici, Allouch pense à la résorption, non à la résolution : si tout peut-être perdu, il restera toujours, malgré tout, de l’inéliminable qui puisse faire symptôme… Cela ne contredit pas obligatoirement l’intervenant ! Du point de vue de la perte, 100% est possible, du point de vue du reste, c’est impossible : différence de registres non explicitée, d’où un malentendu]

 Question : … 

Jean-Luc Nancy  

- Chez Kant, l’incommensurable est à chercher dans le ‘Trieb’ de la Raison, cet inconditionné. L’exercice consiste à «discipliner», c’est-à-dire à se faire disciple d’un rationnel mais sans «rendre raison» !

- Le «bord extrême» de la raison n’est-il pas aussi celui séparant la philosophie de la poésie ?

- Dans l’association libre, «forme du n’importe quoi», il y a possibilité d’un exercice au-delà même de l’exercice spirituel…

- Pour revenir sur le point, la différence entre le ‘bouclage’ et l’ouverture peut s’illustrer par la différence entre «faire un enfant» (bouclage du faire) et «avoir un enfant» (ouverture).

 Question :  

Jean Allouch  - Concernant l’analyse, nous pourrions dire qu’elle «jette l’analyste» alors que «l’analysant est éjecté», c’est-à-dire jeté au monde ! 

Question : Comment sortir de l’innommable ? Qu’est-ce qu’une limite ?

 Jean-Luc Nancy  

- Quand on «touche à la limite», on est «dehors» !

- Si on touche au dehors, qu’est-ce qui se passe ? C’est la dimension symbolique qui est ici en jeu.

- Prenons le «manque de rien» comme définition du réel [définition donnée par Allouch] : la question de l’art sans symbolique est alors posée [sort-on de l’innommable par là ? Le S fait limite -bord en tout cas- : est-ce la porte de l’innommable ?]… Par exemple, lorsque le chant défait la prononciation…

- Enfin, n’oublions pas que la spiritualité est un «souffle» [cf. première remarque]

Question : Qu’est-ce que ‘faire un enfant’ pour un homme ?

 Jean-Luc Nancy  

- «Faire un enfant, c’est aller dans la femme»… «dans l’inexistence» !

  

Guy Le Gaufey : Penser sans réfléchir du tout

- Partons de la fameuse définition lacanienne : ‘un signifiant représente le sujet pour un autre signifiant’. Cela nous ramène au Lacan de la période avril 59-fin 61, période également marquée par l’introduction de l’objet a (au séminaire L’Identification).

- A partir de là, introduisons la réflexion par une «historiette» : la rencontre du sujet avec le manque de signifiant. L’enfant est pris dans les «défilés de la demande», ce qui l’engage avec l’Autre. L’Autre peut répondre («preuve d’amour»), ou non. Cette réponse de l’Autre a, en plus de sa valeur comme preuve d’amour, une «valeur de signification» : c’est ici qu’intervient la définition lacanienne (cf. ci-dessus). La valeur de signification est l’adresse de l’amour.

- Dans cette historiette, le sujet et l’Autre sont pris dans une «tragédie commune» : il y a «impossibilité de fournir le signifiant» de la demande. Pourquoi ?
- Parce que l’Autre, bien que ‘trésor des signifiants’, est aussi -dans notre historiette- sujet (‘sujet comme tel’ nous dit Lacan) : cela nécessite un nouveau rapport à l’Autre (qui peut être autre).

- Cela nous oblige à distinguer la «batterie des signifiants» [dimension symbolique] où il manque de rien et le ‘trésor des signifiants’ [Autre] où il manque un signifiant : c’est l’écriture du A barré. Le «sujet-larve» (enfant) bute sur le A barré, ce qui entraîne une «parade imaginaire» : l’ob-jet a.

- Prenons un autre angle : Maine de Biran explique, dans son Cogito de l’effort, que l’effort est un ‘fait primitif’ (nécessite deux termes distincts mais non séparés). L’effort est ‘un acte volontaire opposé à une résistance’ (la résistance et la volonté sont distincts mais non séparés). C’est le même principe pour le sujet et l’ob-jet a dans la formule lacanienne du fantasme [S<>a] car le poinçon est ce qui distingue sans séparer [c’est le phallus imaginaire].

- Autre exemple : la «fatigue du névrotique» face à l’Autre. Le névrotique nous dit : «Encore du signifiant ? Oh non !» : il est marqué (séquelle, trace) par la «significantité» (la ‘batterie des signifiants’) [nous pourrions écrire aussi ‘signifiquantité’].

- Bref, sujet, signifiant et objet sont «interrelationnés».

- Il faut que l’Autre «cesse d’être sujet», il faut le destituer de cette position, pour qu’il y ait ‘transfert’.

- Citation de la leçon du 15/11/1961 expliquant le rapport du sujet au signifiant : ‘je pense’ et ‘je mens’ sont «homéomorphes» (‘je’ est simultanément opinion et ‘être pensant’).

- Distinguons (avec Lacan) les trois niveaux : ‘je mens’; ‘je dis que je mens’ [schize signifiant/signifié] et, ‘je sais que je mens’ [même schize impliquant là la séparation du savoir et de la vérité].

- En réalité, «le sujet ne sait pas s’il ment» : la vérité, ‘il n’en sait rien !’ (Lacan). C’est là que Lacan peut introduire le ‘Sujet supposé savoir’ (la vérité).

- Ne pas supposer le sujet au savoir [mais supposer le savoir au sujet] fait du «savoir de l’Autre» le lieu où on «transfère» le savoir (l’Autre peut être un «dépotoir») [Lacan disait aussi : ‘l’Autre est le lieu de la parole d’où la vérité se marque’]. Il y a donc divorce du sujet et du savoir.

- Le ‘Sujet supposé savoir’ devient la condition pour ordonner le sujet au savoir. Lacan définit ainsi le sujet comme ‘coupure’, ‘scansion’, ‘intervalle’, ‘fading’, etc. et le savoir comme ‘concaténation ordonnée de signifiants’.

- Ici, le sujet est bel et bien «sans réflexivité» car il ne sait pas s’il ment : le rapport à la vérité n’est pas délibéré [c’est ça : ‘penser sans réfléchir du tout’ !]. C’est pour cela que Lacan pourra définir le sujet comme ‘pur parlant’, comme si on disait ‘pâté pur porc’ !

 - La définition d’un sujet non-réflexif est reprise, autrement, dans la leçon du 07/02/1968, à partir de la logique d’Aristote et de celle de Pierce. Ainsi, le sujet est «uniquement» ‘représenté par un signifiant pour un autre signifiant’ : ‘ce sans quoi il n’y aurait ni signifiant ni objet partiel’ (Lacan).

- Le sujet est sans réflexion, ce qui l’oppose au soi réflexif de Foucault [conséquence : la spiritualité n’est pas la même].

- Passons à Leibniz : que fait Dieu «quand il dit ‘fiat lux’» ? Puisque «tout est là» pour Dieu, il n’ajoute rien aux sujets… La seule différence est la «puissance de mise en acte» du «rien» (devenant sujet).

- Chaque ‘monade’ [rien] a «un point de vue singulier» mais est «subjectivée par accomplissement du parcours» [‘fiat lux’ = rapport à l’Autre]. «Tout est dans l’élan, la puissance de mise-en-acte» [c’est-à-dire dans l’esprit comme souffle ou comme rapport à l’Autre ?].

- Il n’y a pas de fatalismes puisque Leibniz différencie les ‘vérités nécessaires’ (qui découlent géométriquement des définitions) et les ‘vérités contingentes’ (actualisation des possibles). Les ‘vérités nécessaires’ n’ont pas besoin de sujet (rien) alors que les ‘contingentes’ n’arrivent que par la mise en place du sujet, par l’élan [par l’esprit comme liberté de décision, par ex.].

- Il y a donc une «pure puissance» sans détermination et un sujet strictement individuel (non-réflexif) : «aucune action n’est inessentielle» (congruence).

- «Le sujet lacanien respire d’emblée la singularité» [respiration = esprit !]. Paradoxe : ‘je’ est une entité «vide et singulière», mais il y a «un prêt-à-porter seyant» à quiconque peut dire ‘je’ !

- Tout cela illustre la magnifique définition lacanienne : le sujet est ‘une pliure signifiante pétrie dans l’actualité d’un corps de chair’ [l’actualité est celle de l’esprit : mise-en-acte].

- C’est cette ‘pure puissance’, cet «appel d’air» que nous appelons «penser sans réfléchir du tout» : cette potentialité marque un sujet-en-proie-et-en-quête [nous comprenons donc le ‘penser sans réfléchir du tout’ comme définition de la spiritualité !]

Question : Lacan a aussi défini le sujet comme ‘parlêtre’… Comment l’entendre ?

Est-ce «parler son être » ?

 Guy Le Gaufey 

- «Mot très bavard !»

Intervenant (répondant à sa propre question, ci-dessus) :

 - Je vois ça comme une «série d’actes de paroles»…

 Guy Le Gaufey 

 - Si le sujet est ‘supposé savoir’, l’emploi du transfert se retrouve davantage «réglé» [régulé ?].

- L’Autre doit passer de ‘trésor des signifiants’ à ‘savoir’ (S2).

Question : Si la singularité -comme même point- distingue du reste du monde, le sujet est-il une «pure différence» ?

 Guy Le Gaufey 

- La singularité ne doit pas être pris comme «un superlatif de la particularité» !

- La ‘pure différence’ est un oxymore !

- «Le savoir est intersubjectif» et il «continue son chemin»… 

Question : …

 Guy Le Gaufey 

- Dans ‘penser sans réfléchir du tout’, il reste l’érotique, l’éthique…

 

  Jean Louis Sous : De la vanité référentielle

- Commençons en abordant le titre de cette journée : ‘Spirituelle, la psychanalyse ?’… Il y a une «élision de la copule ‘est’» : cette «élision de l’être» est une absence de «référentiel» ! Ce mouvement se veut à l’encontre des mouvements tautologiques comme «la psychanalyse, c’est la psychanalyse» qui, eux, en rajoutent dans le référentiel !

- Abordons le tableau Psyché surprend Eros endormi (de J. Zucchi) [l’œuvre est projetée dans la salle] : le bouquet cache l’intimité  d’Eros, ce n’est pas une castration  mais bien une «élision du phallus». Lacan distingue deux rapports au manque : la castration et l’élision (-Phi) [le premier est de dimension symbolique, le second est de dimension imaginaire]

- Psyché est la «naissance de l’âme». Au croisement de son regard et de celui d’Eros, il y a le bouquet, surajouté, qui élide le phallus, en une «retenue», une «réserve».

- Se régler sur le «-» du phallus (son élision) pose l’alternative d’en parler ou non et empêche de savoir quel est le référentiel… [Elision vs. Référentiels]

- Dans le séminaire Le Transfert, Lacan parle, à propos de ‘l’objet phallique’, d’un ‘blanc’, d’une ‘île’ : on ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur de l’île, il y a élision, c’est-à-dire «suspension des référentiels». Dans L’Angoisse, Lacan parle du phallus comme ‘réserve obligatoire’ : élision.

- Le «point d’élision» n’est pas un manque de signifiant ni un signifiant du manque mais… le point où le signifiant «vient à manquer : point d’énigme, incommensurable».

- Ce manque de garantie s’écrit ‘A barré’ [c’est là qu’apparaît l’ob-jet a : dans l’élision].

- Passons aux Ambassadeurs (de Holbein) [l’œuvre est projetée dans la salle] : le «non-référentiel» est mis en jeu par la «vanité des êtres en représentation», par le «trompe-l’œil» de leur puissance…

- En effet, la mise-en-scène montre comment les êtres «en chair» se retrouvent devant un «os» : c’est la fameuse anamorphose qui marque le déplacement autour de la représentation.

- La «dimension spectrale» est la fonction du manque [ici aussi comme élision]. L’anamorphose est l’«incarnation imagée du -Phi», c’est un «sujet néantisé», dans l’indétermination. 

- Par ailleurs, ‘Holbein’ signifie «os creux», ce qui peut expliquer le détournement de la commande [l’anamorphose n’était pas prévue dans cette dernière…]- Face à la «démesure des ambassadeurs de la mesure» (scientisme, par exemple, aujourd’hui) [et plus encore : la finance !],  l’anamorphose permet de détourner la représentation et la pratique analytique doit prendre cette forme de ‘witz’ [l’anamorphose pensé comme catégorie du ‘witz’… : n’est-ce pas là un exercice spirituel ?].

- Nous pouvons terminer en ouvrant sur une autre question : «profane, la psychanalyse ?», ‘profanum’ signifiant ‘à côté du temple’…

 Remarques d’un intervenant 

- Cela fait penser à l’expression lacanienne ‘roc de la castration’ : où situer cette castration ? N’est-elle pas dans la «résistance» et le «fondement» ? [Dit autrement : comment situer l’élision par rapport à la castration ? En effet, selon que le phallus soit d’abord imaginaire ou d’abord symbolique, le rapport du sujet à l’Autre n’est pas le même !]

 

  Jean Allouch : L’Amour Lacan 

- L’Amour différencie clairement Lacan de Foucault.

- Par un exercice d’imagination, je vous propose une «nouvelle figure de l’Amour»… Qu’en faire ?

- Dans Le Pur Amour, Jacques Le Brun  mentionne l’Amour romantique, l’Amour guerrier, platonique, éternel, comme échange, comme répétition, comme fantasme, divin, extatique, narcissique, dantesque, etc. Mais pourquoi autant de figures différentes de l’Amour ?

- Lacan, pour sa part, n’a voulu aucune de ces figures, c’est pourquoi, avec lui, nous pouvons «faire le ménage» ! En revanche, il parle d’Amour ‘de transfert’ : «transmour»… Comment l’accueillir, comment l’amener à sa fin ? Ici, l’Amour est pensé comme «expérience» d’où l’inédit peut faire événement.

- S’appuyant sur le dispositif freudien rapprochant l’Amour de la haine, Lacan parle aussi d’‘hainamoration’ [jeu sur ‘énamoration’]…

- En fait, Lacan ne pu se satisfaire d’aucune figure, les écartant toutes d’une manière ou d’une autre…

- Alors, comment s’en sortir ?

- Déjà, l’Amour n’est «pas à théoriser» : préférons mythes, poésies, peintures ou formules… Il peut être véhiculé par la rumeur, les lapsus… Le théoriser reviendrait à «élire certaines possibilités», ce qui pose problème… Il est plus juste de parler à propos de l’Amour d’«épidémie sans théorie»…

- Ensuite, rappelons que la sortie du ‘transmour’ est «barrée par le désir» : celui de l’analyste, par exemple, est brandi comme «étendard»… Nous pouvons finalement remarquer un certain «écoeurement» du désir, c’est pourquoi Foucault va «jouer le plaisir contre le désir» (les plaisirs nouveaux pouvant amener au désir)…

- Enfin, notons que certains psychanalystes [Allouch cite ici deux exemples] ont amenés l’Amour sur la place publique mais en l’idéalisant, et surtout, sans parler du ‘ravalement amoureux’ [ou des ‘hainamorations’] si important en psychanalyse…

- Il est vrai que Lacan était «embarrassé» vis-à-vis des figures de l’Amour et ce n’est qu’aux Catholiques (à Bruxelles) qu’il se confiera en liant son œuvre et sa personne [discutable puisque l’on peut trouver des occurrences d’apparences assez proches dans certains séminaires, le XXI par ex.]…

- Face aux Catholiques (‘tenants de l’Amour divin, éternel’ dira-t-il), Lacan se situe alors comme «maître spirituel» jetant le petit a figuré comme une ‘hostie’ (mot de Lacan en 68). N’est-il pas, aussi, maître spirituel lorsqu’il propose ‘la passe’ comme ‘savoir cumulé’ (par le passant) ? N’est-il pas maître spirituel lorsqu’il affirme aux jeunes (en 68) qu’ils ‘aspirent à un maître’ ?

- Chez Lacan comme maître spirituel, «l’aveu intime est une stratégie du dire».

- Mais comment faire savoir cette inédite figure de l’Amour ? En la distillant «à doses roméopathiques» !

- Son mode d’adresse n’est autre qu’un «débrouillez-vous» mais c’est une adresse «relative» : c’est une «adresse à la liberté dans l’autre» (dans l’analysant, particulièrement).

- Ainsi, cette figure inédite de l’Amour s’adresse davantage à la liberté qu’au désir.

- Notre fiction [l’exposé] «touche un point de réel» lorsque nous appelons cette «unique figure de l’Amour» : «L’Amour Lacan». Nous pouvons notamment l’entendre dans sa fameuse adresse à ‘l’école de ceux qui m’aiment encore’ [cette adresse semble celle d’un maître spirituel en appelant à la liberté qu’il y a en chacun : ‘L’Amour Lacan’ est cette figure de l’appel…].

Question : Où se situe la maîtrise dans l’exercice spirituel ? L’ouverture (le ‘lâcher-prise’) doit-elle être maximale ?

 Jean Allouch 

- C’est le «matériel», la ‘logique sans réfléchir’ qui doit primer [cf. Guy Le Gaufey].

[Il relate alors une anecdote ayant trait au sacrifice d’animaux, au Népal] : peut-être que la spiritualité ne peut/doit être que «polythéiste»…

 Remarques d’un intervenant 

- L’exercice spirituel n’est-il pas un «cadre pour maîtriser» se substituant au voyage et modifiant le rapport à soi ? Il y aurait alors une dimension ‘éthico-politique’ et/ou une dimension de «jeu»…