Inconscient & Conscience “à l’ombre des jeunes filles en fleurs” proustiennes
Friday, December 11th, 2009Le texte est par ici : inconscient-conscience-dans-a-lombre-des-jeunes-filles-en-fleurs.pdf
Le texte est par ici : inconscient-conscience-dans-a-lombre-des-jeunes-filles-en-fleurs.pdf
Le Professeur de Christian PRIGENT
En bref :
Assez peu connu, cet ouvrage n’en est pas moins un chef d’oeuvre. D’abord, abordons sa forme, essentielle : le récit est découpé en 29 chapitres, tous dénués de ponctuation. Cette originalité syntaxique est nécessaire pour mieux “brûler ce qui fut brûlure”, pour mieux montrer “l’impossible de la figuration” dans l’Amour et dans la jouissance, pour mieux mettre en exergue les défaillances des mots face à la représentation érotique, cette dernière étant instable, ne reposant que sur du vide. Ensuite, il nous faut souligner le contenu, explicite : le texte est pornographique, énonçant, cataloguant une hallucinante série de fantasmes sexuels (un peu comme un script de film porno). Mais “l’illusion naturaliste” du sexe est troublée doublement : en premier lieu, par le “rythme non naturel” qu’impose l’écriture; deuxièmement, par la mise à distance qu’impose les commentaires poético-philosophiques. Ainsi, si le sexe est omniprésent, c’est “parce qu’il concentre la question du rapport (à l’autre, au monde)” et des limites langagières. L’écriture semble parfois naïve, pour mieux faire ressortir son degré second, “comme re-commencement épuisant”, implicitant le livre comme “roman d’un roman qui forma le réel”. En définitive, l’intérêt premier de l’ouvrage repose dans une inquiétude, celle d’une question infinie : la littérature. Il faut, pour cela, bien cerner “ce que sa langue forme en s’arrachant au prétexte pornographique qui l’impulse”. Complexe et difficile d’accès, ce “traité de l’âme” est à recommander (très fortement) à tous les passionnés par le langage et ses situations “limites”. Il faut le lire bien attentivement afin d’y cerner l’implicite déploiement du réel. Inimaginablement riche et souvent sublime.
Citations :
« […] Le professeur dit je te regarde je pense je regarde ma pensée le professeur dit je regarde ma pensée penser à ta robe qui tombe quand ta robe tombe je pense le professeur dit la chute de ta robe est comme ma pensée ma pensée tombe avec ta robe la chute de ma pensée est ce à quoi je pense quand je pense au moment où ta robe tombe le professeur dit ma pensée est une tombe où penser se dérobe ma pensée se dérobe dans l’envie de toucher ce que ta robe tombée enrobe de pensée le professeur dit ma pensée touche au dérobé de la pensée il faudrait toucher ça dans la nudité de la pensée tombée dans le dérobé de la pensée il faudrait penser dans la pensée déshabillée de toute pensée le professeur dit la pensée se touche dans le dérobé de toute pensée la pensée se touche dans le zéro nu de la pensée déshabillée de toute pensée l’excès c’est toucher la pensée touchée par zéro pensée dans la nudité le professeur dit toucher est l’excès que pense la pensée quand elle se dérobe à toute pensée l’excès est la tombe où tombe la pensée quand elle se dépense devant ce qui tombe comme tombe ta robe […] » (P.29, 30)
« […] ce qui me fait bander c’est l’amour l’amour de l’amour l’amour de ce qui dans l’amour arrache à l’ennui du temps ce qui me fait bander c’est ce qui dans l’amour s’arrache à la maternité du monde ce qui me fait bander c’est ce qui dans l’amour m’assure qu’en moi quelque chose n’est pas dans le monde qu’en moi quelque chose n’appartient pas au monde ce qui me fait bander c’est ce qui m’excepte du monde me tire hors du monde ce qui me fait bander c’est l’inconscience des limites du monde ce qui me fait bander c’est l’excès fébrile barbare furibond de l’âme de l’amour le professeur paradoxal soliloqueur à l’aise dans les chiffons de la pensée dans la pensée spiralée lovée dans l’huile facile de la pensée le professeur huilé spiralé volubile lové dans la vélocité de la pensée soliloquée le professeur poursuit ce qui me fait bander c’est l’amour comme guerre avec l’amour l’amour comme en trop du monde physique l’amour comme métaphysique […] ce qui me fait bander c’est ce qui dans l’amour suggère l’imminence la menace l’audace l’angoisse le délice amer que vienne la blessure ce qui me fait bander c’est l’affleurement de la rupture la trace du tremblement l’insécurité du désir ce qui me fait bander c’est qu’il y ait dans l’amour le vertige le vertige d’amour c’est la perte possible de l’objet de l’amour ce qui me fait bander c’est que cette perte cette fuite cet abandon cette eventualité affreuse soit l’impossibilité d’être entièrement au monde ce qui me fait bander c’est l’audace de cette angoisse ce qui me fait bander c’est que cette angoisse soit l’audace de refuser d’être le lié d’être l’identifié d’être le déjà-mort dans la vie facile ce qui me fait bander c’est qu’il y ait en elle que j’aime quelque chose qui me dépossède d’elle quelque chose qui fasse trou dans la possession dans l’accouplement dans l’assentiment dans le beurre du bonheur dans l’anesthésie du crépitement en moi de l’angoisse […] » (P.49, 50)
« […] le professeur dit les hommes apeurés les hommes lisibles les hommes humains qui disent ces mots les hommes vagues sont là dans la violence détournée les hommes sont dans le leurre les hommes sont tapis dans le déni les hommes sont cuirassés d’impensé les hommes disent leur peur les hommes matamores et frêles nomment leur désir dénié non de posséder la putain non d’être les maîtres non d’user d’un corps monnayable soumis les hommes disent leur désir d’être dépossédés les hommes disent leur désir d’être liés livrés à la fuite du monde les hommes disent leur désir d’être aspirés vidés par ce qui fuit par ce qui sort par ce qui s’essore hors du réel des corps les hommes disent à quel point ils aiment d’amour et d’angoisse que le monde s’enfuie que le monde s’émonde que le monde se vide de mondanité les hommes retors contournés sans langue nomment ainsi et gomment dans le même mouvement leur voeu d’être bus par le réel nu d’être démunis annulés pompés par un corps voué à jamais à d’autres leur désir de fond de tout ce qui ouvre sans cesse ni pitié à sa crevaison le monde trop plein leur désir têtu de cette crevaison cet entêtement qui ne se sait pas c’est la volupté dit le professeur c’est l’atrocité de la volupté c’est la déchirure de l’écran du monde c’est le ravissement le professeur dit les hommes profanes les hommes de plomb disent leur vocation à ce sacrifice leur dévotion à cette oblation […] » (P.53, 54)
« […] le professeur dit ce qui rend le sexe brûlant est ce qui rend la vie impossible ce qui rend la vie impossible est ce qui rend le sexe brûlant ce qui rend la vie adorable est ce qui rend le sexe impossible ce qui rend vivable l’impossible est la brûlure du sexe ce qui rend la brûlure adorable est le sexe impossible ce qui est l’impossible du sexe c’est l’adoration de la vie ce qui rend la vie impossible c’est l’adoration du sexe le sexe impossible rend la vie adorable l’impossible est adorable la vie alors est impossible le sexe adore l’impossible la vie brûlante adore le sexe impossible ce qui me fait bander c’est la brûlure de l’impossible la vie sans brûler est affreuse brûle aime brûler désire l’impossible sinon tu seras couleur du possible parmi les choses morceau du monde mangé par le monde […] » (P.105, 106)
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Un nid pour quoi faire de Olivier CADIOT
En bref :
Olivier Cadiot est l’un des plus grands écrivains actuels et ce dernier ‘ov-nid’ ne fait asseoir son talent qu’un peu plus définitivement. Dans ce style effréné, effronté et effarant, toujours. Mais en plus savamment construit, ciselé pour donner le vertige tout en emplissant de questionnement. Voilà du Jarry moderne (bien qu’il soit davantage influencé par Pérec ou Mallarmé), en encore plus riche, en encore plus décalé. S’il y a un récit construit, délirant mais compréhensible, ce n’est que pour mieux le déconstruire, le disséquer, l’appréhender de mille façons. Le rythme ‘cadiotesque’ est ici exacerbé, dans toute sa précipitation d’images… Les métaphores se dévorent et les flashs fourmillent autant que les flèches… Haletant, mais dans une valse incessante de contre-pieds. D’un humour subtile, ou sarcastique, ravageur, éblouissant ! Tenté, happé par la poésie, à chaque page… Mais, à chaque fois, l’explosion libertaire du langage, de la puissance des mots, artificialise les images… Ici, tout y est : histoire, origine de celle-ci, mode de construction, critique… Et, cette oralité déployée dans toute sa puissance, l’écriture ondulatoire de la parole… La voix, cette particularité qui fait littérature, est difficile à cerner tout en étant extrêmement puissante, comme un ouragan explorant les possibilités des signifiants. Le ‘héros’, à nouveau Robinson, est perpétuellement en exil, il erre, ayant même perdu son île… Il parle pour ne rien dire, presque autant que ceux qu’il côtoie… L’action, l’espace-temps, tout est miné par les flux symboliques et imaginaires, en constant conflit. Mais, une fois n’est pas coutume, Robinson s’arrête, s’accroche, se pacifie, face à ce qui change sa vie : le nid. Non pas à entendre comme le ‘ni’ de la négation, encore moins comme celui de ‘fini’. Mais plutôt, comme celui qui unit, dans la sérénité, et l’harmonie. Un nid pour quoi faire ? Nier. Ou bien, son anagramme : rien.
Citations :
« Quel temps magnifique
Oh, ce ciel
je me lance
Ah, le ciel.
Oh, hmmm ce ciel, c’est beau, ultra-bleu, vous avez de la chance d’habiter ici, bravo, j’adore, ces couleurs, et ces coussins, j’adore, quel goût, restez comme vous êtes, ne changez rien.
C’est une réussite totale.
Et là je brode sur le thème Vous êtes formidable, bravo, j’enjolive, j’adore, je brode, j’harmonise, je déroule.
Et je fais pivoter le thème en verticale.
Mmm
ciel
Après la canicule
ce moment
D’hiver
Bizarre
dans l’été
Non ?
C’est la première fois que j’ouvre la bouche depuis des lustres, c’est agréable le son de sa propre voix, ça résonne dans la tête, comme une parole étouffée, voix près de l’os, on peut faire des sons vibrants, c’est très musical, un corps, dodécaphonique ? je dois avoir l’air surpris, j’ai certainement une drôle de tête, bouche bée, il existe une photographie d’un petit garçon qui entend sa voix pour la première fois grâce à un appareil.
C’est moi.
Hmmm, gémit de concert le Roi, me regardant avec gourmandise, mais vous avez une très jolie voix, mon cher, c’est la première fois que je vous entends articuler trois mots, eh bien c’est extrêmement mélodieux, ces graves profonds, cette manière de scander, ces modulations et ces brusques arrêts, cette économie, cette précision, c’est délicieux, je serais professeur de chant je vous prendrais sous mon aile, je devrais, au lieu de m’occuper de communication politique, les grands rois s’occupent toujours de musique en priorité, et de sport, bien sûr, en deux.
[…]
Il se détourne pour cacher ses larmes.
Pendant qu’il pleure, le dos tourné, je continue à me réveiller, on a brisé la glace, je me réveille lentement comme un mammouth congelé, j’étais évanoui ? dans le coma ? mais qu’est-ce qui s’est passé ?
Il y a eu un blanc.
Je me réveille, les mots coulent en moi, comme du sang jusqu’au bout des doigts, me, me, moi, se pincer, ah, je suis en vie, preuve, ça bouge, tentacules, élytres, c’est la première fois que je ressens ça, j’étais où ? un accident je n’étais pas moi, ça parle, donc je suis, ça s’entend, donc j’y suis, j’ai du présent ici, je vois en couleur, j’entends tous les sons en même temps, sifflements de martinets, bruits de vaisselle, cloches, souffle d’une glacière, il y a de la profondeur partout, je m’appuie sur le bois glacé du balcon, j’ai déjà vécu ça, c’est comme on saute d’un tremplin, un oiseau plonge du nid. »
(in 567 LK)
« On a entrelacé des branches pour installer un nid, assez grand pour y lover un homme, des branches de noisetier flexibles ou de châtaignier, un nid en haut d’un très grand arbre.
Un nid ?
Même technique que pour fabriquer les petites palissades qui séparaient les légumes ou les fleurs au Moyen Âge.
Qui a bien pu avoir une idée pareille ?
Au beau milieu d’une forêt, on tombe dessus par hasard, pas d’accès prévu, c’est curieux, aucun balisage, aucune trace rouge sur les troncs pour répéter Suivez le guide, rien, aucun signe.
C’est bizarre.
Igloo vert pour dormeur égaré ? refuge pour un martien écologiste ? capsule Tarzan ? classe verte pour Laïka, la chienne envoyée au ciel ? singe en orbite ?
On reste là bouche bée.
Comme une corbeille suspendue face au ciel, on doit être bien dedans, oh, les plumes poussent à vue d’œil, un berceau sur échasses, un œuf énorme se fendille, un bébé à plumes ? un frère de lait ?
On volera ensemble.
Qui a bien pu imaginer et construire une chose pareille ? un monument à rien, au milieu de rien, une piste d’envol ? une base pour oiseaux espions ? la cabane aérienne d’un philosophe déprimé ?
Un lieu de culte inconnu ?
Ou c’est peut-être quelqu’un qui trouve normal de faire un nid toutes les trente-six heures, qui trouve ça soudain obligatoire, serial nidificateur, je ne peux pas m’en empêcher, je dois le faire, c’est maintenant, c’est là, les yeux fixes, corps tremblant, on l’imagine, tendant les bras vers un mélèze à triple branche, idéale pour y accrocher sa passion.
C’est ici ou rien.
Ou alors, c’est quelqu’un qui ne l’a fait qu’une seule fois, par hasard, tiens, si on s’arrêtait là ? on n’a qu’à se faire un nid, l’idée soudaine, un nid ?
Bien sûr.
Et voilà le gars qui taille de longues baguettes de bouleau, comme s’il avait fait ça toute sa vie, expliquant le plan de montage à qui veut l’entendre, comme dans cette émission où l’on voit un type, aidé de ses voisins, construire sa maison en un jour, en chantant. »
(in L’origine de la Lune)
« Est-ce que je peux te dire quelque chose d’un peu compliqué ?
Il esquisse un sourire.
Voilà, si on essaie de mettre en cause ses illusions, qu’on déchiffre son roman familial par la grille d’explication de base, celle qui est fournie à une époque donnée, celle qui mélange pensées sublimes et discussions de comptoir, on obtient une deuxième version, voilà, merci, tout ce que je raconte est faux, oui, j’ai été violé par Truc, oui, je n’ai pas fait le deuil de Y, il y a une douleur cachée grosse comme une maison, l’idée de base de la version II, c’est qu’on refoule la vérité, c’est la théorie du nez au milieu de la figure.
Le Roi est nu.
Version II, bon, et après, on se dit, non non, c’est trop facile, ça ne tient pas debout, c’est juste le contre-pied de la version I, ça ne sert qu’à trouver une raison, à partager une explication, à faire une confession, on arrive devant les gens et on dit Stop, je sais, fierté, je sais très bien que la version I est fausse, je vais vous expliquer pourquoi, j’ai ma version d’ailleurs, ce n’est pas la II, c’est une autre, la III.
C’est là où le chaman te laisse t’embrouiller.
On se débat, on part du principe que ce n’est pas ça, on part d’une déception, la deuxième version n’est pas la bonne, ni la III, qui vient d’une tristesse, qui est une réaction, alors on mélange tout, on fait la IV et la V, versions jumelles, on repique les illusions dans leurs soi-disant explications, on retisse l’un dans l’autre, c’est la spirale, voici la VI.
Et on est foutu. »
(in Avenue Lumière)
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L’Âme de Christian PRIGENT
En bref :
Avec ses mots : “Nous les parlants (les séparés), nous appelons âme notre distance au monde et le désir de la combler. Âme est le nom du rien ouvert entre le monde et nous, l’aura in-signifiante des choses infusée dans la langue et la hantant d’une vacuité imprenable par le sens.
Les poèmes de L’Âme sont des essais d’enregistrement de cette vacuité. Dans le temps d’une journée banale, la diction de quelques choses perçues, de quelques corps aimés, de quelques paysages, de quelques bribes de savoir -et son dérapage : brefs bougés rythmiques, petites catastrophes du sens,
lame de l’âme passée entre le réel et les mots.”
Avec les miens : ‘re-cueille’ poé-tic’ d’une inouïe prof-ondeur ! Pro-fondeur ? Fond d’heures heureusement géniales. A déguster, à déjuster, à désossez. Presse-que in-dé-passable.
Citations :
pourtant ça le fit car le
grand trou flou foutu fut
l’âme
or l’âme la
macule du
cul l’âme
mâle
est la came l’œuf
de vacuité
et ça meule on
plie
on vide dedans sa vie
on est dans les peurs
(in petit lever)
l’ouïe à l’ouïssance c’est
la fuie le sens
glisse purins et murènes reins
reines érèbes je
demeure dans la bouche
de la vérité louche
je demeure oui mais ja
mais (deux mots) moi
je suis ce mât ou garce
crosse qu’écrase
la peur
la peur : caresse d’âme
gelée je l’ai comme l’œil
du monde qui plombe
la bête obtuse de ma tête
(in petit lever)
ça
va
pas
tarder est sur
le
point
de est presque
arrivé s’en
va djà
ça
c’est le bois de l’âme qui flotte
dans la mare où moi grelotte
quoique
quoique
quoique
vu sous un autre angle ça
pourrait s’appeler aussi la belle
plante frêle de l’esprit
libre et ouvert
(dit le penseur)
(in passage au jardin)
l’âme est une pierre je
tombe la pierre
est mon amour
ah dit l’âme hâle
ce poids aime-moi
je suis le présent l’âpre
maintenant je tends dans ta main
le poil de l’instant
vois ce trou de suspens ce
trop-plein d’absence cet
antre entre hier et demain
ça
tombe de toi dans toi c’est
lourd c’est
affamé d’amour
(in un peu de campagne)
mon âme me dit te laisse
pas avoir mange
les mots sinon c’est eux change
tout graisse
les fleurs de foutre comme
fait le printemps ça va ça
vient c’est le falbala over
dosé des choses l’air
fait chair le charabia
senti come fa :
ta ! ta ! ta ! ta !
(in compte tenu des mots)
je gratte ma langue je dis va
corps exquis va
fonce souffle sois
phrasé crasé ouvert nu
sois l’urne où la cendre
c’est le monde l’ex
périence ex
acte
ment
(in compte tenu des mots)
et ça scul
pta méticul
eusement l’ori
fils horri
blement vide
oui vide mais
seule exacte
ment vraiment
mentalement gerbe exacerbée
sur l’effondrement sec
sué c’est ça c’est
faire ça lui dis-je et repliai
ma tige
(in compte tenu des mots)
puis je tournai le doigts dans le trou femme de
mon âme ça fut l’hame
çon
du son
boucan ! brouhaha !
déferlements !
barbaries !
cacas !
cruautés au débotté !
amertumes à fond sur des enclumes !
rien que du bruit découpé dans
le costume de mélancolie :
poésie point
d’interrogation
(in tentative d’idylle)
par alibi libidiné l’âme
taquine de ma
dame as
tique des
piques : déclic
ô milli mini
crocs sur l’écran scopique
(les eaux la peau l’entour
le tambour mou du jour)
lors l’i ou l’on ou l’i
on emmi mes fonds
faits des bonds
:
crise !
(mais de vers la crise car
en vrai la chair ne cesse
mêlée grise ici sous les
livides impavides dermes
(in tentative d’idylle)
l’âme : le bleu
le bleu déplorable
le bleu de prusse suspendu au noir
le bleu du déboire
le bleu de succion
le bleu de gnons
le bleu d’horions
le bleu de zéro horizon
le bleu de nuit
le bleu recuit
le bleu de cuite
le bleu de fuite
le bleu vite
le bleu vide
le bleu sans yeux l’album
de l’œuvide
l’albumine
de l’œuf de moi vide
(in tombée du jour)
ah putain d’âme pus
teint de jus de rien
impact de suc de quoi
oiseau dieu zéro
rôt juste d’effroi
ah putain d’âme ta
tavelure d’impéritie
scie tout
touche ! pèle ! perce !
ce pneu du corps d’amour mas
sacré bon sang
enfin je le te
tenaille
aïe ! aïe !
aïe aïe aïe qu’il aille creux
crevécrasé
:
zéro viande hourra
amour amour je mange de l’âme
(in tombée du jour)
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L’Attente l’Oubli de Maurice BLANCHOT
En bref :
Cette oeuvre est, à la fois, d’une profonde originalité structurale et d’une richesse théorique inimaginable. Tout d’abord, évoquons le ’squelette’ du livre : quasi-absence de repères (l’espace et le temps n’apparaîssent que rarement, pour redonner des contours matériels aux situations), vocabulaire finalement assez restreint mais dont l’auteur arrive à faire jaillir une infinité de significations par la puissance même de la répétition (une prouesse !), deux êtres parlant, discutant, dialoguant, ou (surtout), se taisant; ‘il’ et ‘elle’ vivent ensemble, dans une pièce (et ‘je’ apparaît parfois, comme une importante remise à distance)… Le langage ne cesse d’agir entre eux. Les paroles (questions, réponses, affirmations…) semblent toujours vouloir les séparer… Et le silence, omniprésent, sous-jacent, est inlassablement interrogé. Pourtant, on ressent vite la nécessité du langage, seul ‘moyen’ d’exister, de comprendre, de s’extirper hors de la Mort. C’est autour du couple (ou en eux), simultanément dans les paroles, et, dans les silences laissant place à la ‘chair’ du livre, la théorie, que se construit la vie de l’oeuvre. Le tout est ‘divisé’ en paragraphes clairement délimités. L’écrivain a beau varier syntaxe et stylistique, le livre n’en conserve pas moins un rythme bien particulier, léger, aérien, sublime… Excitant ou envoutant. Ensuite, il nous faut aborder le ‘coeur’ de ces écrits, le thème du livre : l’attente et l’oubli. L’attente attend. L’oubli s’oublie. Ils s’enchevêtrent, dans le vide, le silence, la Mort. Inconscients et atemporels, ils sont l’essence même du Déréel. S’accrochant à ce dernier, mais se manifestant consciemment, l’indifférence semble la différance de la Mort par sa différence psychique. Autour de ce centre théorique, infiniment (re)mis en question, on peut trouver d’autres réflexions sur la pensée, sur la présence (face à l’absence), sur l’attention (face à l’ignorance), sur l’attrait, sur l’attirance, et par là, sur le rééquilibre du Réel, sur l’Amour. Finalement, on peut percevoir que toute cette ‘plongée désoxygénée’, où l’immobilité, le froid et la pureté de la Mort nous enveloppent, n’est que l’exploration des limites négatives visant à mieux cerner les rapports entre Eros et Thanatos, dans le Réel, pour avancer. Cette oeuvre géniale, véritable ‘bible’ du Déréel, est ainsi, l’une des meilleures qui soient pour réussir à ’saisir’ la nature du Réel et pour mieux comprendre notre vie. Ravissement de tous les instants, ce livre est extrêmement enrichissant, passionnant et beau.
Citations :
« Fais en sorte que je puisse te parler. Le désirait-elle vraiment ? Etait-elle sûre qu’elle ne le regretterait pas ? “Si, je le regretterai. Je le regrette déjà.” Mais, non sans tristesse, elle ajouta : “Vous aussi, vous le regretterez.” Pourtant, elle avait aussitôt remarqué : “Je ne vous dirai pas tout, je ne vous dirai presque rien.” - “Mais alors mieux vaudrait ne pas commencer.” Elle rit : “Oui, mais c’est que j’ai déjà commencé maintenant.”
Il sait depuis toujours qu’il n’y a rien là qui ne puisse être exprimé par les mots les plus communs, mais à condition que lui-même appartienne à ce même secret, au lieu de le connaître, et renonce à sa part de lumière en ce monde.
Il ne saurait jamais ce qu’il savait. C’était cela, la solitude. » (P.21)
« Il se demande si elle ne demeure pas en vie pour prolonger le plaisir de la terminer. » (P.22)
« […] “Vous savez tout déjà.” - “Oui, je sais tout.” - “Pourquoi m’obligez-vous à vous le dire ?” - “Je voudrais le savoir de vous et avec vous. C’est une chose que nous ne pouvons savoir qu’ensemble.” Elle réfléchit : “Mais ne risquez-vous pas de le savoir un peu moins ?” Il réfléchit à son tour : “Cela ne fait rien. Il faut que vous le disiez : une fois, une seule fois; que je vous l’entende dire.” - “Si je le dis une fois, je le dirai toujours.” - “Oui, c’est cela, toujours.”
“Je ne désire pas le savoir. Je désire que vous me le disiez pour n’avoir pas à le savoir.” - “Non, non, pas cela.” » (P.25)
« Nous devons toujours, face à chaque instant, nous conduire comme s’il était éternel et qu’il attendît de nous de redevenir passager.
Ils s’entretenaient toujours de l’instant où ils ne seraient plus là et, bien que sachant qu’ils seraient toujours là à s’entretenir d’un tel instant, ils pensaient qu’il n’y avait rien de plus digne de leur éternité que de la passer à en évoquer le terme. » (P.27)
« […] L’attention est désoeuvrée et inhabitée. Vide, elle est la clarté du vide.
Mystère : son essence est d’être toujours en deça de l’attention. Et l’essence de l’attention est de pouvoir préserver, en elle et par elle, ce qui est toujours en deça de l’attention et la source de toute attente : le mystère.
L’attention, accueil de ce qui échappe à l’attention, ouverture sur l’inattendu, attente qui est l’inattendu de toute attente. » (P.35)
« Depuis quand avait-il commencé d’attendre ? Depuis qu’il s’était rendu libre pour l’attente en perdant le désir des choses particulières et jusqu’au désir de la fin des choses. L’attente commence quand il n’y a plus rien à attendre, ni même la fin de l’attente. L’attente ignore et détruit ce qu’elle attend. L’attente n’attend rien.
Quelle que soit l’importance de l’objet de l’attente, il est toujours infiniment dépassé par le mouvement de l’attente. L’attente rend toutes choses également importantes également vaines. Pour attendre la moindre chose, nous disposons d’une puissance infinie d’attendre qui semble ne pouvoir être épuisée.
“L’attente ne console pas.” - “Ceux qui attendent n’ont à être consolés de rien.” » (P.39)
« Il avait supporté l’attente. L’attente l’a rendu éternel, et maintenant il n’a plus qu’à attendre éternellement.
L’attente attend. A travers l’attente, celui qui attend meurt en attendant. Il porte l’attente dans la mort et semble faire de la mort l’attente de ce qui est encore attendu quand on meurt.
La mort, considérée comme un évènement attendu, n’est pas capable de mettre fin à l’attente. L’attente transforme le fait de mourir en quelque chose qu’il ne suffit pas d’atteindre pour cesser d’attendre. L’attente est ce qui nous permet de savoir que la mort ne peut être attendue.
Celui qui vit dans l’attente voit venir à lui la vie comme le vide de l’attente et l’attente comme le vide de l’au-delà de la vie. L’instable indistinction de ces deux mouvements est désormais l’espace de l’attente. A chaque pas, on est ici, et pourtant au-delà. Mais comme on atteint cet au-delà sans l’atteindre par la mort, on l’attend et on ne l’atteint pas; sans savoir que son caractère essentiel est de ne pouvoir être atteint que dans l’attente.
Quand il y a attente, il n’y a attente de rien. Dans le mouvement de l’attente, la mort cesse de pouvoir être attendue. L’attente, dans la tranquillité intime au sein de laquelle tout ce qui arrive est détourné par l’attente, ne laisse pas arriver la mort comme ce qui pourrait suffire à l’attente, mais la tient en suspens, en dissolution et à tout instant dépassée par l’égalité vide de l’attente.
Etrange opposition de l’attente et de la mort. Il attend la mort, dans une attente indifférente à la mort. Et, de même, la mort ne se laisse pas attendre.
Les morts ressuscitaient mourants. » (P.42, 43)
« Il ne rêvait jamais d’elle. Elle ne rêvait jamais de lui. Ils étaient seulement rêvés l’un et l’autre par celui qu’ils auraient voulu être l’un pour l’autre. » (P.44)
« Le pourrissement de l’attente, l’ennui. L’attente stagnante, l’attente qui s’est d’abord prise pour objet, qui s’est prise de complaisance pour elle-même, enfin de haine pour elle-même. L’attente, la calme angoisse de l’attente; l’attente devenue la calme étendue où la pensée est présente dans l’attente. » (P.45)
« Croyez-vous qu’ils se souviennent ?” - “Non, ils oublient.” - “Croyez-vous que l’oubli soit la manière dont ils se souviennent ?” - “Non, ils oublient et ils ne se gardent rien dans l’oubli.” - “Croyez-vous que ce qui est perdu dans l’oubli soit préservé dans l’oubli de l’oubli ?” - “Non, l’oubli est indifférent à l’oubli.” - “Alors, nous seront merveilleusement, profondément, éternellement oubliés ?” - “Oubliés sans merveille, sans profondeur, sans éternité.” » (P.47)
« (Deux êtres d’ici, deux anciens dieux. Ils étaient dans ma chambre, je vivais avec eux.
Un instant, je me mêlai à leur dialogue. Ils n’en furent pas surpris. “Qui êtes-vous ? Un des nouveaux dieux ?” - “Non, non; un homme seulement.” Mais ma protestation ne les arrêta pas. “Ah, les nouveaux dieux ! ils sont enfin venus.”
Leur curiosité était légère, instable, merveilleuse. “Que faites-vous ici ?” Je leur répondais. Ils ne m’écoutaient pas. Ils savaient tout d’un savoir léger qui ne pouvait s’alourdir d’une vérité partielle, telle que je la leur donnais.
Ils étaient beaux, mais l’attention que je lui portais, à elle, fit que pour moi elle se trouva presque constamment seule, et sa beauté en devint plus frappante. Je remarquai bien que je l’attirais aussi, malgré l’ignorance où elle semblait être de moi, de moi en particulier. Elle m’apparaissait réellement, c’état une grande fille que je m’émerveillais de pouvoir regarder, bien que je ne fusse pas capable de la décrire, et quand je lui dis : “Venez”, elle s’approcha aussitôt avec une profonde distraction qui me rendait extrêmement attentif. Lui disparut alors définitivement. Du moins, je le pensai pour plus de commodité. Un dieu disparaît-il ?
Depuis, nous vivons ensemble. Et je ne résiste presque plus à l’idée que je serai peut-être un jour le nouveau dieu.)
Le rêve d’une nuit sans rêve. » (P.48, 49)
« Les Dieux seuls parviennent à l’oubli : les anciens pour s’éloigner, les nouveaux pour revenir. » (P.50)
« Elle ne l’oubliait pas, elle oubliait. Il était encore pour elle, dans l’oubli où il avait disparu en elle, tout ce qu’il était. Et il l’oubliait aussi : on ne peut se souvenir de qui ne se souvient.
Pourtant, tout demeurait inchangé. » (P.50)
« […] Il attend, elle oublie, d’un même mouvement qui pourrait les rapporter l’un à l’autre. Mais l’attente, il le sait, lui interdit cette rencontre qui ne pourrait s’accomplir que dans l’instant. L’attente est l’instance toujours sans instant. » (P.51)
« Elle lui parle, il ne l’entend pas. Pourtant, c’est en lui qu’elle se fait entendre de moi.
Je ne sais rien de lui, je ne lui fais aucune place en moi ni hors de moi. Mais si elle lui parle, je l’entends en lui qui ne l’entend pas. » (P.57)
« Ce qu’il pensait se détournait de sa pensée pour le laisser penser purement ce détour. » (P.61)
« Le calme détour de la pensée, retour d’elle-même à elle-même en l’attente.
Par l’attente, ce qui se détourne de la pensée retourne à la pensée devenue son détour.
L’attente, l’espace du détour sans digression, de l’errement sans erreur. » (P.61)
« Il était étrange que l’oubli pût s’en remettre ainsi à la parole et la parole accueillir l’oubli, comme s’il y avait un rapport entre le détour de la parole et le détour de l’oubli.
Ecrivant dans le sens de l’oubli.
Que l’oubli parle par avance en chaque parole qui parle, ne signifie pas seulement que chaque mot est voué à être oublié, mais que l’oubli trouve son repos dans la parole et maintient celle-ci en accord avec ce qui se cache.
L’oubli, dans le repos que lui accorde toute vraie parole, la laisse parler jusque dans l’oubli.
Que l’oubli repose en toute parole. » (P.61)
« […] Oubliant la mort, rencontrant le point où la mort soutient l’oubli et l’oubli donne la mort, se détournant et de la mort par l’oubli et de l’oubli par la mort, ainsi se détournant deux fois entrer dans la vérité du détour.
L’allant de l’oubli dans l’attente immobile. » (P.69)
« Dans l’attente, le temps perdu.
Attendre donne le temps, prend le temps, mais ce n’est pas le même qui est donné et qui est pris. Comme si, attendant, il ne lui manquait que le temps d’attendre.
Cette surabondance du temps qui manque, ce manque surabondant de temps.
“Est-ce que cela va durer encore longtemps ?” - “Toujours, si vous le ressentez comme durée.”
Attendre ne lui laisse pas le temps d’attendre. » (P.72)
« “[…] C’est cela, la beauté de l’attrait : jamais vous ne serez assez proche et jamais trop proche; et pourtant toujours tenus et attenant l’un à l’autre.”
Tenus et attirés en cette attenance. Ce qui attire, c’est la force de la proximité qui tient sous l’attrait, sans jamais s’épuiser en présence et jamais se dissiper en absence. Dans la proximité, touchant non pas la présence, mais la différence. » (P.88)
« L’attente est, chemin de jour, chemin de nuit, la voie conduisant de l’évènement qu’elle attend à l’histoire où elle attend, l’un et l’autre maintenus ensemble par l’oubli : détour par où il passe, et demeure, exposé aux choses, quand celles-ci, ni cachées ni manifestes, se retournent vers l’état latent, et il en est de même pour elle, qu’il le veuille ou non, dans le rapport qu’il entretient avec elle, et de même pour lui dans le rapport qu’elle entretient avec lui. » (P.104)
« […] Il pressent bien que, dans cette ignorance, l’idée de mourir a été entraînée, et lorsque, par un certain glissement de mots, elle lui suggère, aux prises douloureusement avec ce qu’elle ignore, qu’elle est comme privée de fin et que si elle devait mourir, ce ne pourrait être que de sa mort à lui, cette pensée lui semble appartenir au jeu de l’ignorance qui se joue entre la parole et la présence.
Il en parle, la parole ne trahit pas l’ignorance. » (P.107)
« Il la voit, s’il la voit, par ignorance.
Le regard porté par l’attente. Regard incliné vers ce qui se détourne de tout visible et de tout invisible.
L’attente donne au regard le temps de traverser l’ignorance. » (P.109)
« Quand elle parle, et ses mots entraînés doucement, son visage glissant à son tour, s’enfonçant dans le cours de la parole égale, elle l’attire, lui aussi, dans ce même mouvement d’attrait où elle ne sait qui elle suit, qui la précède.
Comme s’il avait glissé, par l’attrait de l’affirmation sans mesure, vers cet espace vide où, la conduisant, la suivant, il demeure en attente entre voir et dire. » (P.118)
« “J’ai peur, je me souviens de la peur.” - “Cela ne fait rien, ayez confiance en votre peur.” Et ils continuèrent à avancer. » (P.119)
Dans la poésie de Saint-John Perse, écrit Philippe Jaccottet (L’Entretien des Muses, 1968), « là où les choses sont immédiatement proches, et avec elles leur plénitude (l’Etre, si l’on veut), là où la densité du réel est forte, l’expression peut être non pas moins parfaite, moins exacte, mais plus simple, moins chargée de beautés visibles, de figures, d’allitérations, d’assonances, de balancements (qui font les délices de certains critiques et qui me gênent ici comme chez Valéry : parce que j’ai l’impression de lire non plus un poème, mais un exemple pour traité de prosodie); inversement, là où la densité des figures est la plus grande, on serait tenté de croire que c’est pour tenter de couvrir un vide (dont le poète, d’ailleurs, avoue en plus d’un endroit connaître le goût nauséeux). Ou serait-ce que l’Etre se dérobe quand on veut le saisir à ce piège-là ? »
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Introduction (P.01-02) :
Pour de nombreux poètes, la principale difficulté face à l”inspiration’ d’une part, à la nécessité d’écrire d’autre part, se situe dans le passage du visible au lisible. Parmi ces poètes, Philippe Jaccottet s’est beaucoup interrogé sur le ’style’ à adopter pour exprimer le réel, pour mettre en poésie sa perception du monde, pour écrire les choses en les ‘respectant’.Dans L’Entretien des Muses, Philippe Jaccottet donne ainsi son avis sur la manière d’appréhender la poésie. D’abord, il prend Saint-John Perse et Paul Valéry comme exemples à ne pas suivre car leurs poèmes donnent “l’impression de lire (…) un exemple pour traité de prosodie”, c’est-à-dire une accumulation de “beautés visibles” et de figures (”allitérations”, “assonances”, “balancements”). Pour P. Jaccottet, “l’expression peut être (…) plus simple” lorsque “les choses sont immédiatement proches” : il semble privilégier une certaine pureté, une certaine transparence dans le style, pour favoriser l’accueil poétique des choses (et de leur “plénitude” -”l’Etre”), pour mieux transcrire la “densité du réel”. Ensuite, il essaye d’expliquer à quel objectif paraît répondre la “densité des figures” (comme chez S.-J. Perse ou P. Valéry) : P. Jaccottet pense que “c’est pour tenter de couvrir un vide”, que le poète doit affronter, sans préciser d’où vient ce vide ni comment l’exprimer. En outre, il suggère que cette impression d’un vide à couvrir vient de l’impossibilité de saisir l’Etre, de cette manière. Mais nous devons nous demander si l’épure poétique qu’il défend est mieux ‘adaptée’ à l’écriture de l’Etre, à la saisie de la plénitude intrinsèque aux choses. Nous pouvons, par ailleurs, douter de la possibilité d’une adéquation des choses aux mots, ne serait-ce qu’à cause des images que nous avons de ces choses. Ainsi, l’Etre semble insaisissable par la poésie, même si elle évite l’excès de figures. Dès lors, il s’agit de comparer les styles, expression simple ou recherche prosodique complexe, pour entrevoir leurs degrés de ‘fidélité’ au monde, leur ‘respect’ du réel. A la problématique de l’épiphanie des choses, de leur apparition en poésie s’ajoute celle d’un vide que le poète tente d’exprimer ou d’oublier, un vide avec lequel il faut composer. Plénitude et vacuité nous paraîssent, en fait, les deux faces du même rapport : celui du poète au monde, perpétuellement redéfini, et donc éternellement différent.Comment le poète peut-il conserver, saisir et révéler sa perception des choses (du monde), malgré l’évolution de sa sensibilité qui, à travers son imagination, semble séparer l’inspiration, des mots, dans un irréversible divorce du réel et du langage ?
Mettre les choses en poésie appelle un style de lien au monde : de la pureté à la préciosité, un vaste éventail lyrique est possible. Appréhender l’Etre et le vide nécessite une étude des choses ‘elles-mêmes’ et de leurs représentations : de l’ouverture par les images à l’ouverture pour les images, le ‘rien’ réifie. Accueillir l’apparition des choses et des images requiert un dévoilement : du son au sens, le rythme de l’écriture du réel est le commencement de la mise en mots.
Développement (P.02-26) :
Quand la poésie tente d’exprimer ce que l’inspiration transmet de la perception du poète aux choses (au ‘monde’ comme ‘réalité’ de l’ensemble des choses perçues par le poète), elle tisse des liens entre le monde et les mots, pour être le plus proche possible de l’Etre (d’une plénitude ‘osmotisant’ langage et choses). Qu’elle soit poétique de la transparence et de la ténuité (dans un évanouissement du poète, puis une évanescence des images) ou poétique de l’opacité et de l’ornement (dans une “vaporisation du moi” -comme disait C. Baudelaire, puis une ventilation des images), la mise-en-poésie du monde est l’expression d’une relation lyrique. Ce lyrisme, nous l’entendons (avec Jean-Michel Maulpoix -dans La poésie comme l’amour) comme “des fils tissés autour de rien” (par la poésie tentant de s’arrimer au monde) ou comme “une collection de nuages” (par le palimpseste d’une perception toujours “transitoire”).[…P.02-10…]
Toutes les tentatives lyriques pour lier le monde aux mots, pour fusionner ‘adamiquement’ les choses et le langage, pour mettre en poèmes la réalité dans toute sa densité, ont échouées : du ’suspens’ (Haïku) aux mouvements (S.-J. Perse), de l’ouverture (Ph. Jaccottet) au ‘devenir’ (R. Char), de la ‘voix’ (P. Valéry) à l”objeu’ (F. Ponge), l’Etre s’est toujours dérobé car le problème de l’image n’a jamais été complètement résolu. C’est pour cela que nous devons, à présent, élargir la problématique à sa deuxième face : le vide. Ainsi, étudier notre rapport aux choses passe par la “plénitude” (”densité du réel” -Ph. Jaccottet) et la ‘vacuité’ (”pour tenter de couvrir un vide” -Ph. Jaccottet). Face au vide, deux ’styles’ poétiques s’affrontent : ceux qui essayent d’apprivoiser, de combler, de ‘faire avec’ (le lyrisme); ceux qui essayent de comprendre, de creuser, de ‘créer par’ (le ‘kénotisme’, poétique de l’évidement).[…P.11-19…]
L’opposition des lyriques et des kénotiques nous a permi de redéfinir notre problématique, en divisant les choses entre le possible (le monde de la réalité des objets) et l’impossible (l’im-monde du réel des transcendances et des actes échappant au sens). C’est par le vide intrinsèque aux choses et aux mots que l’âme perpétue l’image d’une fusion langage-réel : image évoluant au gré de la voix incarnant l’inspiration en poésie. Conserver cette évolution relève du rythme sonore. En revanche, la plénitude de la chose, celle des mots, et leur réalité dans l’apparition itérative d’une image fusionnante relève de la voix sortant l’inspiration de l’oubli. Pour, peut-être, résoudre la question de l’Etre. Guillevic nous a fait comprendre la force du mur du langage; C. Prigent nous a montré comment le traverser et le transformer. Ph. Jaccottet nous a révélé les dangers de l’accueil des choses; D. Roche nous a disséminé ces choses dans un rythme pulsionnel refusant l’accueil. P. Reverdy a mis en exergue les débords de l’image; S. Mallarmé nous a rapporté son impuissance face au vide. Tous ont été imposants ou trop prudents face à l’Etre, mais tous nous ont suggéré que le sens de l’image doit court-circuiter le vide par une épiphanie rythmique.[…P.20-26…]
Conclusion (P.27) :
Qu’elle soit riche ou transparente, précieuse ou pure, pleine d’images ou pleine de vide, l’expression lyrique ne parvient pas à saisir les choses (leur plénitude ou leur vacuité) car elle ne préserve pas l’apparition. Le poète révèle sa perception du monde en composant son inspiration dans la partition de la voix, et par la voie de l’imagination. Ainsi, le style kénotique a permi le dévoilement du réel par fusion de la chose impossible à écrire et du langage imossible à contrôler, dans un vide sonore. Mais ce rythme d’écriture doit se faire aléthique, par la mise-en-poésie imagée de l’apparition d’une réalité motilisée (ou d’un mot réalisé). L’”immédiatement proche” des choses est l’Etre comme sortie de l’oubli : quand les prosopophanies s’enchaînent à l’infini, quand les oxymores oscillatoires jouent entre vie et mort, quand la figure impossible anime le vide et émeut l’image, l’accueil poéphanique actualise l’idylle du monde et des mots, le noeud matriciel de l’espace-temps poétique. Ainsi, la poésie transcende le chemin de l’éternelle apparition par l’écriture qui, en évidant l’image et en imageant le vide, rejoue le dévoilement fusionnel,en chaque instant, mais, toujours, Au Moment voulu :[suit alors la dernière page de l’œuvre qu’il vaut mieux que vous découvriez à sa lecture -pour la puissance intrinsèque au livre-; si vous souhaitez néanmoins achever ma démonstration, vous pourrez lire l’extrait dans le scan de ma dernière page]
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Ma copie en intégralité : 01 - 02 - 03 - 04 - 05 - 06 - 07 - 08 - 09 - 1011 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20 - 21 - 22 - 23 - 24 - 25 - 26 - 27
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A améliorer : Le cadrage problématique et la clarté argumentative.
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« Fais en sorte que je puisse te parler. » - Maurice Blanchot, L’Attente L’Oubli (P. 12, 19, 20, 21, 44, 83, 116)
Elle hésite mais se ravise. Il est ici et l’imagine. Elle est là et se révise. Il examine ce qu’elle n’est pas. Elle se lie et elle pense. Il s’élance et se plie. Elle panse et se plisse. Il détermine ce qu’elle lit. Elle l’élit et s’enlise. Il pense qu’elle danse. Elle l’habite en cadence. Il avise puis relance. Elle l’imagine sur son lit. Il délie ses délires. Elle s’agite en sursaut. Il délite ses assauts. Elle médite ses redites. Il évite. Elle lévite. Il délivre ses délits. Elle s’appelle. Il s’attelle à ses lancées. Elle s’étire. Il se tire. Elle retire ce qu’elle manigance. Il panse ce qu’il pense. Elle est là-bas sans arrogance. Il s’élance vers ce qu’il danse. Elle relit ce qu’elle relie. Il retire l’attirance qu’il respira. Elle inspire l’espérance de ce qu’il a. Il dérive dans les pensées qu’elle dépense et délivre. Elle dépend de ce qu’elle imagine qu’il n’est pas ici mais s’y livre. Il invite ses délires à habiter ce qui l’a incité. Elle déride ses mérites d’investigation de ce qu’il est. Il n’est déjà plus là et fait attention à ses effets. Elle y est encore et s’essaye sans intentions ni extraits. Il hait l’impensé de ce qu’elle défait. Elle aime dépenser ce qu’il a plié. Il a entériné là sa désinence. Elle ne l’a pas laissé en terrain dense. Il a avancé dans ses pensées. Elle a devancé ses méditations. Il n’est plus dans son émanation. Elle s’inclut dans l’imagination de son cœur. Il est dans l’exténuation de l’accord des reclus. Elle a plu dans son corps étendu. Il s’est plu dans ce qu’elle a été. Elle ne sait plus ce qu’elle a défendu. Il est las et détendu. Elle est là et l’a entendu. Il héla le malentendu. Elle hait l’inattendu. Il n’est plus que tendu. Elle se détend. Il s’étend. Elle l’attend. Il attend. Ils sont là. Elle s’entend au-delà. Il s’apprend indécis. Elle détend l’imprécis. Il est patent et ici. Elle est latente dans l’attente. Il se tend en s’épatant. Elle a tant de temps datant. Il s’est en étendant l’étang. Elle étrangle l’attente dans ses angles. Il arrange la détente de ses anges. Elle mélange ses louanges en longeant ses phalanges. Il allonge l’étrange songe des mélanges de mensonges. Elle s’engage dans les virages des mirages de ces visages. Il envisage les images de ce qu’elle change dans ses louanges. Elle dévisage ce qui la démange. Il lui mange ce qu’elle engage. Elle dégage ce qu’il engrange. Il déloge ce qui l’engorge. Elle se loge analogue. Il déjante et déchante. Elle retente ce qui l’exsangue. Il attente à ce qui tangue. Elle s’allonge à la longue. Il élongue ses langues. Elle harangue pour qu’il s’arrange. Il se range dans sa gangue. Elle ronge et dérange. Il plonge en adhérant. Elle enrage de l’inhérent. Il se venge de l’atterrant. Elle vendange le différent. Il veut l’ange de Satan. Elle nage dans les courants. Il s’enterre en courrant. Elle erre en mourrant. Il la hait pour le désert. Elle est en cours de désir. Il est à jour et si sourd. Elle aime autour et l’attire. Il s’étire et en rit. Elle le prie et s’étend. Il lui sourit. Elle l’attend. Elle l’étreint en images. Il s’éteint en rivages. Elle le craint en présages. Il recrée malgré les âges. Elle dépeint ses adages d’exécrée. Il déteint et se ravage de sacré. Elle advient en décalages de ses emprunts. Il revient des étalages de ce qu’elle lui teint. Elle retend les traits de ses nuages pour qu’il caresse ses attraits. Il paresse mais déménage lentement et à côté. Elle se ment sur son ivresse et sa vérité. Il s’éprend de ce qu’elle laisse déborder. Elle aborde la sagesse de l’anxiété. Il regarde la Déesse de satiété. Elle se garde en détresse. Il dégrade sa prêtresse. Elle le déteste par mégarde. Il l’atteste comme hagarde. Elle est preste. Il s’attarde. Elle peste contre ce qu’elle pense. Il reste à l’encontre de son exigence. Elle s’exerce à l’extraire de ses engeances. Il s’entraine à ce qu’il perce en silence. Elle réfrène ses avances pour se taire en absence. Il freine sa dépendance mais se démène dans ses fantasmes. Elle emmène toutes ses rengaines mais ramène ses sarcasmes. Il s’arrache à sa peine et détache son imaginaire. Elle harnache ses nerfs et promène ses airs. Il hache sa haine et tache l’éther. Elle se fache et désespère. Il se cache et se perd. Elle crache fière en bas. Il lache ce qu’elle a. Elle le dédaignera. Il la regagnera. Ils sont là. Elle s’ennuie. Il lui sourit. Elle s’enfuit. Il se guérit. Elle dépérit entière. Il s’aguerrit en prière. Elle se pourrit de prix amers. Il se nourrit de fruits érotifères. Elle ne s’autorise qu’à le laisser faire. Il terrorise ses pensées les plus délétères. Elle agonise et s’éternise engoncée en cimetière. Il l’ignominise enfoncée dans les artères qu’il s’efforce d’encenser en imaginaire. Elle minimise la portée transcendée des traces sanguinaires qu’il éclabousse en luminaire. Il presse et pousse ce qu’elle représente comme précipice. Elle stresse et tousse dans l’inquiétante transe qu’il tisse. Il tasse ce qu’elle place et casse ce qu’elle glace. Elle cesse sa cécité et blesse sa beauté. Il dépasse le limité et ressasse le dynamité. Elle s’affesse prête à l’affront. Il halète, se fond et froisse. Elle décrète la fin des fesses. Il sécrète la faim des seins et l’angoisse. Elle regrette et se plaint de la poisse. Il s’entête en fantasmes. Elle ne pense qu’au marasme. Il imagine ses orgasmes. Elle tance tout spasme. Il extermine la patience. Elle s’indétermine en absence. Il s’illumine en jouissance. Elle termine ses dépenses. Il se répand en immense. Elle se déprend en tempérance. Il décline la violence. Elle s’incline vers l’ambiance. Il se domine. Elle examine. Il s’assassine et puis renaît. Elle s’alanguit et reconnaît. Il la décèle puis la dévoile. Elle le surveille en franche faille. Il s’éveille à l’étanche de sa paille. Elle réveille les branches sans fiançailles. Il s’émerveille devant celle qu’il imagine à sa taille. Elle tressaille en pensées qu’elle retaille. Il détaille l’envie d’elle. Elle écaille son vernis. Il éraille sa vie. Elle déraille dans le gris. Il éparpille ce qu’il est. Elle écarquille ses yeux dorés. Il s’écartèle sans sourciller. Elle si belle est titillée. Il est rebelle à ce qu’il croit. Elle s’appelle Lilitha. Ils sont là. Elle ne renonce pas. Il ne rince aucun éclat. Elle n’oubliera rien. Il espérera son bien. Elle se souvient de ses émois. Il s’en revient toujours en soi. Elle ceint son sang d’exploits étroits. Il tient constant à ce qu’elle lui doit en froid. Elle pense à ce qu’il pince dans ce qu’elle évince. Il coince la redevance qu’elle lui dénonce dans son enfance. Elle fronce ce qu’il n’enfreint qu’afin de s’offrir. Il s’annonce sans en sortir. Elle balance à se découvrir. Il pleure à n’en pas revenir. Elle a peur de ne plus en finir. Il s’active et s’aère en devenir. Elle dérive mais se repère à son avenir. Il se rive à sa fièvre sans pouvoir s’exprimer. Elle arrive sans vivre ni pouvoir parler. Il salive et s’élève sans la redresser. Elle se délave et se délivre sans rien lui adresser. Il rêve qu’il se love dans sa lave. Elle crève de ce qu’il s’épave. Il grève gravement tous ses griefs. Elle s’agresse gracieusement et en reliefs. Il graisse la grâce d’elle dans son fief. Elle saisit ce qu’il embrasse en bref. Il moisit sans qu’elle l’enlace en bleus. Elle l’agit en signes de feu. Il régit ce qu’il lui veut. Elle s’indigne contre ses creux. Il cligne blême du vide d’eux. Elle se pâme en je. Il s’enflamme en jeu. Elle est femme mais n’a pas. Il hait l’âme mais sans pas. Elle voit l’homme devant soi. Il l’aime vraiment Lilitha. Elle l’attend. Il l’apprend. Elle est un poème jusque là. Il lui sourit. Elle s’y mire mais en tracas. Il l’admire dans l’embarras. Il l’imagine mais les mots restent cois. Elle l’imagine mais ses maux restent lois. Il lit magies et marges mais s’essouffle en terne moi. Elle lève maints amas d’un cinéma qui alterne faux et rois. Il mèle mille plaies aux plis de celle qu’il transformera. Elle déforme l’aura de ce qu’il aura lié. Il informe l’oral de ce qu’elle lui a vrillé. Elle fermente ce qu’il fomente en très crié. Il augmente ce qui l’inspire vers son univers. Elle tourmente les sphères de l’envers dans ce qui luit. Il élance ce qu’elle lui suggère sans bruit. Elle élude ce qu’il tempère vers Cythère. Il est rude et espère encore un tiers. Elle est nue et sépare en cœur son tueur. Il est toujours muet mais sa vue est une lueur. Elle lui fait l’ardeur d’un honneur en tu. Il lui feint l’odeur d’un malheur têtu. Elle apparaît plus que jamais devant l’ému. Il disparaît moins que jamais dans le vent des murs. Elle hait le manque de murmure et d’éclair sans armure. Il aime qu’elle l’ancre dans l’amertume de ses blancs si purs. Elle a ce son pourtant si loin de l’écume de ces jours durs. Il craque enfin et inspire à temps. Elle croque parfum soupire et s’éprend. Il lui écrit et le lui dit. Elle répond en lui criant. Il lui sourit. Elle l’attend. Ils sont là. En vie.