Posts Tagged ‘Evénement’

…à propos de politique

Monday, June 14th, 2010

 Grèce générale (photo Reuters)

 

(txt publié dans la revue apériodique et gratuite Lignes de Fuite : )

gratuites-apocalyptiques.pdf

 

(à lire : ) http://www.bloom0101.org/

(lire aussi : ) http://www.lasulfateuse.fr.gd/Pr-e2-sentation.htm

Le symbolisme de la “Danse macabre”

Thursday, December 10th, 2009

Par le poème de Cazalis et la musique de Saint-Saëns : de-cazalis-a-saint-saens-le-symbolisme-dans-la-danse-macabre.pdf

Pour écouter la version symphonique analysée : ici

Pornographie (III)

Saturday, July 25th, 2009

Disponible ici :

III-bathygraphie-de-la-tuche-ou-le-sur-saut-du-toucher.pdf

Stras’ et ses Stries désastreuses (Prière du Pire)

Friday, April 3rd, 2009

 

Orage. Au désespoir. Oh, haines et mitraillettes. 

Otages d’autant d’OTAN en portes se levant. D’al… armes.

Hommage aux magnifestants. Fêtant nos fantômes. En larmes.

Dommages. D’eaux polluées, d’os dépouillés. Paillettes.  

 

Siège. Pièges à pillages. Villages avilis, si vieillissants.

Neige puis lacs, rimes aux crimes opaques. Des flics.

Nuages. Barrages de militaires, à rages de militants. 

Saccages sécuritaires : en cages les cris, la mer… hics.  

 

Brouillard. Souffrances. France sous censure, sur sang. Insu sourd.

Bouillir en transe. Choisir l’art d’existence, la résistance.

S’ouvrir, faire face, savoir des traces. Détresses des errances.

Si tard. Pour survivre, ivres de livres, spectacle de spectres. Lourds.  

 

Eclairs. De clowns, de clins : d’oeils, d’oeuvres… de fers fatals ?

Esprit qui vient, éclats de vies… serre l’envie qui lance, violences.

Etreint l’air, ère parlant cristal, prix de l’hôpital. Du capital.

Ecrin. Croire en commun. Que l’étau vacille. Va, danse. Si dense…  

 

S’il vous plaît, débordez-les, révoltés, au rendez-vous de nos plaies ! 

 

Délivrez-nous, du trop d’écrous, du tout des crocs, d’idiots condés ! 

 

Soulevez, à bout de corps, ce joug de mort, pour nous sauver des… 

 

reflux d’un passé révolu et dépassé ! 

 

 

(VIVANTS, N’OUBLIEZ-PAS CES EVENEMENTS

Sur l’azur des us et ruses de la rue

Saturday, February 28th, 2009

 

La rue enroue la voie du système

Se rue en roue envoi de lutthèmes

Le ru s’enroule de voix qui tord peur

La ruse en joue l’avoir qui se meurt   

 

Rumeur et amertume allument clameur de l’âme et lueur d’écume

Car la rue meurt à mère brume de larmes en vacarmes posthumes 

 

La rune s’enracine en résistance

Se ruine s’assassine en finance  

Le raz de sang bassine la ville 

L’art use l’encens signe inutile 

 

Humeur et vie murmurent l’envie sur rêves d’avis et de sueurs 

Car la rue mûrit les murs de la grève de gravats ravis d’ailleurs 

 

L’erre hue la valeur de peinombre

Sert plus le malheur des nombres

Le sursaut râleur en noms de pas

L’azur sur l’eau chaleur de l’éclat   

 

Sous l’épave et le grave le lieu jeunes en noeud qui savent le jeu

Car la rue soulève l’entrave de vieux en chaînes avec leurs mieux  

 

L’heure unie sonne l’autre commune

Serre eue nid vers le nôtre l’hommune

Le sursis d’hiver déconne à l’envers

L’assure action varie le bond d’enfer 

 

 

Revenance plurielle

 

qui s’avance en elle 

 

Clairière de France

 

mystère qui s’élance  

 

Fureur du cri qui croît

 

Car la rue a l’esprit dur

 

et l’encre du choix !  

 

Savoir valoir

Saturday, February 21st, 2009

Quelle valeur d’usage du savoir pour quelle valeur d’échange ?

 

C’est la connaissance qui fait l’usage du savoir. Elle peut être évaluée et échangée.

 

Pour Jacques Lacan, la connaissance est la “conne essence” du savoir, i.e. son essence vide ou son vide comme essence. Sans doute s’inspire-t-il de Laozi qui, dans son Dao de Jing, écrit -et c’est l’un des principes fondamentaux de la pensée chinoise- que c’est “le vide [qui] fait l’usage”. Il prend l’exemple du vase. Mais il pourrait aussi bien prendre l’exemple de n’importe quel autre réceptacle. Au XXème siècle, la quantique confirmera ce principe. Ainsi, selon Heisenberg, la matière apparaîtrait par une “poussée du vide”. La connaissance serait donc le vide dynamique du savoir, c’est par elle que le savoir pourrait se former concrétement, mais elle serait en elle-même absolument insuffisante à forger ce savoir. Si la connaissance est un usage dynamique du savoir, alors il serait possible que cette dynamique lui confère une valeur, au sens de ‘vaillance’, c’est-à-dire de quelque chose qui se tient, qui insiste, qui consiste avec succès, qui mène quelque chose ‘à bien’. La valeur d’usage du savoir serait ainsi le succès de la dynamique de la connaissance.

 

Mais nous avons dit que l’usage ne suffisait pas, qu’il suppose déjà des conditions de savoir, autres que la dynamique de connaissance. Ces conditions sont le lieu et l’avoir-lieu du savoir et ne sont absolument pas évaluables car sans dynamique inhérente. D’abord, c’est le savoir-dire, l’énonciation; ensuite, c’est le savoir des limites, la délimitation (cf. M. Heidegger, dans son paragraphe de Sein und Zeit sur le “monde transcendant” les étants); enfin, c’est le savoir-choisir, la sélection. Le changement/l’évolution du savoir dépend de ce savoir-faire qui est un “savoir-faire avec ce qui nous dépasse” (J. Rouzel), avec l’inconnu, voire avec l’inconnaissable, car c’est bien dans les conditions de l’inconnu que la dynamique de la connaissance va faire l’usage du savoir ! La valeur d’usage, valeur de la dynamique, n’aura lieu que si l’impossible du savoir nous est aussi transmis.

Friedrich Nietzsche disait, dans son Livre du Philosophe : “c’est sur l’impossible que l’humanité se perpétue”, nous pouvons dire que c’est sur l’inconnu que le savoir se transmet, son usage dépendant de la dynamique même de la connaissance.

 

Comment passer de cette valeur d’usage à une valeur d’échange, cet échange qui serait à la base de l’enseignement, au même titre que -ou découlant de- la transmission de l’inconnu ? Pour cela, venons-en à K. Marx et à la principale différence qu’il y a entre la valeur réelle et la valeur “capitaliste” : dans le premier cas, la valeur d’échange vient du rapport de l’objet à la valeur d’usage par un sujet. Idéalement : V1-Ot-V2 (Plus/moins-value = V2 - V1, c’est la trace de l’usage réel de l’objet, la valeur d’échange étant dépendante de cette trace). Par ex., si avec un cours sur Kant (Ot1 de connaissance), la valeur de ma dynamique de connaissance, i.e. son succès, semble/s’annonce supérieure qu’avec un cours sur Hegel (Ot2 de connaissance), alors la valeur d’échange de ma dynamique actuelle de connaissance avec la dynamique induite par l’Ot Kant sera ‘jugée’ supérieure à celle induite par l’Ot Hegel. Mais, nous voyons que ce n’est qu’après-coup, après avoir comparé les plus-values respectives, que nous pouvons évaluer rigoureusement. En réalité, cela démontre que ce sont bien les conditions (locales du savoir) de dire, de délimiter et de choisir qui permettent de deviner quel Ot de connaissance sera le plus bénéfique à l’usage du savoir. 

 

Donc, la valeur d’usage donne une valeur d’échange subjective selon la transmission de l’inconnu et une valeur d’échange objective selon le ‘calcul’ posteriorique de la plus-value.

 

L’évaluation des “enseignants-chercheurs” devrait, en ce sens, porter sur la plus-value comme trace du réel permettant la divination des diverses variations d’usages du savoir, selon des critères de succès dans l’enseignement, mais en préservant la transmission de l’inconnu comme condition de partage de l’usage.

 

Dans le second cas, celui de la valeur capitalistique : déni du vide, donc réduction du savoir à la connaissance, et par là, à quelque chose d’intégralement évaluable. V1-T-V2 : (Plus/moins-value = V2 - V1, c’est la trace de l’usage virtuel/capitaliste de la valeur, car il n’y a plus d’objet de connaissance, seulement un titre, i.e. un “jeu d’écriture”). Ici, l’échange hante l’usage car ce dernier consume l’Ot, le réduisant à de l’écriture. Il n’y a, dès lors, plus de place possible pour les conditions subjectives d’usage car la connaissance n’est plus le vide du savoir mais son plein : le calcul de la plus-value se fait systématiquement objectif car c’est la seule écriture de l’usage du savoir (en l’occurence, les publications, de préférence anglo-saxonnes) qui assure la valeur. Selon cette logique, transmettre le “savoir-faire avec ce qui nous dépasse” est inutile et même dangereux puisqu’il est la condition d’un changement de dynamique dans la connaissance, donc peut être la remise en cause de la seule dynamique qui pré-vale dans le capitalisme, en un totalitarisme systémique : la croissance chiffrée du système éducatif. Nous avons bien vu que c’est au prix du sacrifice du sujet et de l’objet -donc de la recherche, dans l’inconnu- puisque le vide les séparant est dénié. Dans la logique capitaliste, on (parmi d’autres) doit jouir “vaille que vaille” de l’objet, la trace écrite/virtualisée de cette jouissance étant nécessaire au bon fonctionnement du système. Ce système profite de la parcellisation croissante du savoir et des “savants” pour se perpétuer sur une masse de jouisseurs anonymes donnant lieu à une infinité de plus-values symboliques, elles-mêmes formant des bulles virtuelles. L’échange symbolique ayant alors remplacé l’échange réel, le capitalisme impose une violence symbolique à tout usage du savoir en réduisant ses conditions de création (et d’abord sa part imaginaire que le vide devrait creuser en lui).

 

Dans l’idéal, le passage d’une valeur d’usage du savoir à une valeur d’échange doit préserver l’équivoque entre l’évaluation objective des variations de dynamiques (de connaissances) et la divination inhérente à chaque recherche consistant à savoir faire avec l’inconnu (sérendipité). Cette équivoque crée un passage entre la ‘science’ de l’enseignement et l’éthique de l’enseignement, éthique devant respecter la dignité (i.e. la valeur absolue donc incomparable) de chacun dans l’échange de savoir. C’est ici qu’interviennent le désir et le partage du manque, soutenant l’imaginaire que les capitalistes aimeraient privatiser, systématiser et donc geler en écriture de plus-value. Ce n’est même plus un processus de propriation qu’ils envisagent, c’est une procédure de structuration du propre en système exhibant sa légitimité par le spectacle (cf. G. Debord), ce dernier étant le refuge d’un usage consumé en jouissance.

L’éthique “originaire” du savoir se trouve au contraire dans la conduite de l’ouverture au sens, l’homme devenant “signifiant du sens en ce qu’il en indiquerait et ouvrirait la tâche” (JL Nancy, La pensée dérobée). Ainsi, le savoir doit pouvoir se dire comme tel, doit être un pouvoir de choix, doit devenir un désir de responsabilité (répondre du sens et délimiter des connaissances). “L’événement qui ek-siste comme conduite de sens” mène éthiquement à un “séjour” dans le savoir, comme -dans le même temps- partage du manque-à-connaître et de la valeur (d’usage et d’échange) du connu. 

 

L’expérience nécessaire consistant à “faire avec ce qui nous dépasse” est la pratique quotidienne d’un savoir inévaluable mais aussi la condition éthique respectant l’usage, l’échange et le partage des connaissances (aucune évaluation ne saurait en restreindre la portée). Ainsi, le savoir est d’abord le lieu d’une ouverture partagée où chaque événement peut faire sens, ensuite l’avoir-lieu d’un valoir qui signifierait “avoir du sens” (JL Nancy), donc aussi qui “couronnerait” la dynamique d’usage ou d’échange comme un succès. Puisque “la valeur expose le sens comme puissance” (id.), seule la dynamique de la connaissance s’évalue et le lieu du savoir échappe à tout rapport de sens ou de finalité tant qu’il reste de l’ordre du dire, du délimiter ou du choisir. 

S’il y a effectivement valeur d’échange dans le savoir, elle ne se réduit jamais à une équivalence, mais se doit de répondre du sens que laisse la trace réelle d’un usage de la connaissance, c’est-à-dire de la dynamique nouvellement créée dans l’expérience de l’inconnu. Le sens de la valeur indique alors l’évidement du savoir comme usage.

 

La dynamique du vide que l’on pourrait qualifier daoïstement d’es-passe du “non-avoir” (, en pinyin) et conduisant le sens par l’éthique trivalente de la valorisation (savoir-dire, savoir des limites, savoir-choisir) comme avoir-lieu responsable de la trace réelle est métaphorisé bibliquement par la saveur de la pomme édenique (celle du fameux “arbre de la connaissance”) : “Souvenons-nous ici de l’origine commune de ‘savoir’ et ‘saveur’ (sapere, en latin, signifie à la fois savoir et goûter) qui font du savoir une incorporation” (J. Rouzel). Ainsi, la valeur d’usage est le goût de l’inconnu, c’est-à-dire le lieu où la connaissance alimente le partage dans la naissance à la perte définitive d’un savoir absolu (celui que la logique capitaliste prône vaille que vaille); la valeur d’échange est la mue de l’oralité (usage incorporant ce vide partagé) en vocalité (réponse savourant la trace en sens), c’est-à-dire le “séjour” (èthos, en grec) éthique où l’enseignement permet de “se tenir dans la parole au plus près de son désir” (J. Rouzel), métonymie du manque-à-con’être.

 

L’enseignement s’agit(e) donc dans l’avoir-lieu d’un “gay sçavoir” (F. Rabelais, puis F. Nietzsche), ou mieux : tra-vaille dans la recherche pour la joie de la connais-sens. Cela signifie que l’éthique du valoir oblige à prendre en considération ce qu’Alain Badiou nomme “circonstances de vérité” : dans l’après-coup des rencontres (événements du/comme désir), il ne faut “pas céder sur ce que de soi-même on ne sait pas”, quitte à “mi-dire” (J. Lacan) la vérité inventée, là. Les critères d’évaluation nous apparaîssent alors plus clairs, dans l’enseignement vital : la trace du réel qu’a laissé l’événement de savoir (avec la dynamique de connaissance comme avec les sujets-connaissants) dans le travail du sens doit écrire son succès selon la schize du dire entre vérité et savoir, selon la “saveur du réel” (J. Rouzel) délimitée par la relativité objective du point-de-vue, selon l’équivoque ouvrant au pouvoir d’indifférence entre le choix et le symptôme.

 

Savoir valoir se greffe comme institution d’un savoir vivre. C’est le partage de l’usage gai.

Le Roman en Détails

Saturday, April 12th, 2008

Honoré de Balzac écrit, dans une note aux “Scènes de la Vie privée” : « L’auteur croit fermement que les détails seuls constitueront désormais le mérite des ouvrages improperment appelés Romans. » - Estimez-vous que les romans de Balzac, et les romans français postérieurs, justifient cette opinion ?

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Introduction (P.01-02) :

L’originalité la plus évidente de l’œuvre d’Honoré (de) Balzac est celle qui a tant plu à Emile Zola et Marcel Proust : le retour des (nombreux) personnages, d’un livre à l’autre. Parfois explicitement dérivés des relations sociales de Balzac, souvent implicitement inspirés par l’entourage de l’auteur, les personnages de la Comédie humaine paraîssent davantage les détails d’une chronique mondaine que les ‘acteurs’ d’un roman.

Ainsi, quand Balzac affirme, dans une note aux “Scènes de la Vie privée” (sous-ensemble de l’œuvre, regroupant plusieurs livres) : “l’auteur croit fermement que les détails seuls constitueront désormais le mérite des ouvrages improprement appelés Romans”, cela sonne comme une ‘démission’ de l’écrivain-artiste en faveur d’un auteur-chroniqueur. Mais, en choisissant délibérément de se positionner contre une esthétique romanesque, préférant un réalisme socio-historique descriptif, échappe-t-il pour autant à tout genre littéraire ? Répondre à cette question revient à éclaircir la notion un peu ‘vague’ (car polysémique) de “détails” : pouvant être caractéristiques ou surprenants, importants ou insignifiants, les détails sont les éléments d’un ensemble, les parties d’un Tout. Dès lors, il convient de se demander ce que les détails “constitueront” (si l’œuvre n’est pas un roman, comment caractériser l’ensemble alors créé ?) et comment ils constitueront les “ouvrages” (l’écrivain fournit des détails pour décrire, pour caractériser, pour énumérer, préciser, raconter… Mais, comment les articuler, et, quelle importance leur donner ?). Pour Balzac, les détails permettent d’expliciter les situations avec le plus d’exactitudes possibles : ils forment un “portrait” pouvant lui-même devenir détail d’un “tableau”, ce dernier pouvant être détail d’une ‘galerie’, etc. Il risque alors de se perdre dans les détails (lesquels sont importants ?), son “mérite” étant alors réduit à celui du collectionneur. Si les ouvrages de Balzac ont un “mérite” uniquement constitué par les détails, ce mérite semble glisser du littéraire au scientifique : c’est l’unité du roman, celle de l’œuvre fictionnelle, qui est ici remise en question. Peut-être est-ce le style (fait-il défaut à Balzac ?) qui justifie (rend digne de) la part littéraire du livre, son intérêt en tant qu’œuvre, en tant que création à l’épreuve du monde.Comment les détails d’une œuvre parviennent-ils à constituer un mérite littéraire, et, quel peut être le mérite propre au roman ?

D’abord, nous étudierons, à partir des livres balzaciens, la nature et le pouvoir des détails face à la réalité. Nous envisagerons, ensuite, la constitution d’un ensemble littéraire et les limites du ‘détaillable’. Enfin, nous questionnerons le ’sens’ des détails pour le roman et l’indétaillable comme principe intrinsèque à la littérature.  

 

Développement (P.02-20) :

Pourtant fervent admirateur de Balzac, Gustave Flaubert s’exclamait : “Quel homme eût été Balzac s’il eût su écrire !” La part de sérieux contenue dans cette phrase provocatrice fait référence aux carences esthétiques des livres de l’auteur de la Comédie humaine. De même, M. Proust (dans Contre Sainte-Beuve) critique la faiblesse d’un “style” souvent réduit à l’accumulation impersonnelle de faits et d’images. Ainsi, les détails des livres de Balzac semblent voués à la fixation et à la généralisation objectivantes, préférant l’orientation sociale de la réalité aux visions naturaliste d’un Zola, sentimentaliste d’un Flaubert ou obsessionnelle d’un Huysmans.

[…P.02-07 : Balzac, Zola, Flaubert, Huysmans…]

La nature des détails varie selon la vision de l’auteur : Balzac accumule des détails explicites et banals car sa vision est sociale; Zola multiplie les détails métaphoriques et naturalistes car sa vision est impressionniste; Flaubert se rabat sur les détails car il ne peut pas faire autrement pour déployer l’échec d’une vision totale; Huysmans abuse des détails pour tourner les codes implicites du genre romanesque en ridicule : vision désacralisante et libératrice. Ainsi, faire avec les détails semble une nécessité relevant davantage de la composition que de la nature.

[…P.07-14 : Balzac, Proust, Jarry, Sade…]

Le sens du détail est à la fois ce que Balzac nous offre et ce qui lui a échappé. L’importance du ‘rien’ est la voie empruntée par les romans qui tirent leur puissance des rapports de l’indétaillable aux détails. Le détail comme évènement est ce qui permet de maîtriser l’apparition de l’équivoque. Pour cela, deux styles s’opposent et se complètent : depuis Maurice Blanchot, le “désœuvrement” s’oppose à l’expérimentation langagière.

[…P.14-20 : Blanchot, Prigent, Cadiot, Quintane…]  

 

Conclusion (P.21) :

Les récits balzaciens nous révèlent, plus que tout, l’impossibilité d’atteindre un mérite littéraire par “les détails seuls”. Ainsi, la puissance propre aux détails est systématiquement biaisée par la vision (idéologique) de l’écrivain; c’est pourquoi la composition de l’œuvre est nécessaire pour empêcher les détails de s’effondrer face à leurs limites, ou de leur faire barrage, au détriment de l’œuvre. Ceux qui subissent l’indétaillable -donc, qui sous-estiment le pouvoir des détails- écrivent des œuvres “improprement appelées Romans”. Pourtant, Balzac (avec son retour des personnages et sa précision ‘picturale’), Zola (avec son naturalisme ‘impressionniste’ et sa capacité à écrire la jouissance), Flaubert (avec son habileté à exprimer les sentiments et à fluidifier l’écriture), et Huysmans (avec son radicalisme parodique et son érudition encyclopédique) ont tous un mérite littéraire, c’est-à-dire que leurs écrits sont dignes d’intérêt, en ce qui concerne les rapports de l’homme au monde. Leurs mérites relèvent, peut-être de fictions fabulistes, illusionnistes ou idéalistes.

La libération de l’œuvre, par une visée esthétique du langage, est le premier mérite, constitué par les détails, du roman : la confiance en une sensibilité que l’imaginaire est capable d’exacerber dans une fusion des détails avec leur part d’indétaillable (grâce aux liens stylistiques) permet à M. Proust de composer des perceptions; la neutralisation, du réalisme par un symbolisme, qui fait apparaître l’équivoque de l’indétaillable à travers les contradictions des détails (par dialectique, ‘pataphysique et sonorisation) permet à A. Jarry de structurer la puissance de l’Amour; la mise en scène de l’insoutenable pornographie par les paroles ordonnançant les détails sordides (en cernant ce qui évacue l’image) permet à D.A.F. Sade de suggérer la nécessité de l’indétaillable. Mais, le deuxième mérite propre au roman, inconsciemment proposé par Balzac, est celui que Maurice Blanchot théorise et pratique : transformer les détails en événements par le sens de l’il-y-a issu du désœuvrement. Reprenant les jeux jarryques, Christian Prigent, quant à lui, éclaire un troisième mérite romanesque : la puissance de sens des détails est ‘maximalisée’ par l’expérimentation langagière (son, rythme et voix) de l’indétaillable. Enfin, Cadiot (par sa vitesse) et Quintane (par sa ruse) offrent au roman détaillé (car indétaillable) un ultime mérite : l’effet de surprise.

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A améliorer : Clarté et simplicité.