Posts Tagged ‘Désir’

ENTER THE VOID & EXIT IT

Sunday, May 23rd, 2010

 

 

 

 

NOIR

 

NUIT

 

NOUS

 

 

le feu

les flashs

la folie

 

the last trip on earth

the last strip : rebirth

 

la chaleur du bonheur bandant moite humide liquide qui doigte l’amour qui transpire des pores du pire des sens qui se lance aux alentours la vie qui gicle qui se répand s’orgasme se déprend jaillit en joie en joui

 

OUI

 

OUÏ

 

OU I

 

ni magie ne

in a dream a

 

STREAM

AS A

SCREAM

 

of pleasure

 

A

B

 

Corps qui

-hésitent-

se jettent

se fêtent

en miettes

 

en sueurs

en douceurs

en langueur

 

désirs qui débordent qui caressent qui en liesse s’emportent s’embardent en perte ils partent à l’aventure des vents durs des violents des allures des blessures des traces qui s’augurent dégueulasses et impures mais en grâce en luminures en ouvertures en

 

EUPHORIES

EXPHORIES

SEXPHORIES

 

EXPLOSIONS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

des peaux

des corps

qui

 

se

 

 

touchent

 

 

again

please

touch me

please

again

 

 

VIDE

 

VIES

 

 

 

 

souffles du rien trouant tout la terre et vous les bouts les faire si fort ce rien du vain mais du certain du clin démort ou démonde débords de nous les amants n’errant qu’en plis qu’en filous qui filent l’apocalypse des fins d’éclipses sans destins qui jouissent mais en maints

 

précipices

qui pissent

en pièces

 

leur

 

DESASTRE

 

leur

 

ORGASME

 

leur

 

leurre

 

leur

 

l’heure

 

du

 

leurre

 

du

 

CRI

 

 

 

MMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMM

 

 

 

 

 

M !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

!!!

désertion. frétillante.

Friday, February 12th, 2010

 

-tir. ailleurs. à l’heur.

pas. à deux. en douce.

-mir. écart. et. cris.

là. loin. en coins. en

corps.

 

-pir. sourires. rares.

flou. fous. afflux. lus.

-rir. bouches bées.

flots. faufilés. feux. et

forts.

 

-uir. à poils. à peaux.

jeux. réjouis. déjà.

-sir. oser. oasis. pisse.

jus. nuages. nous. en

traits.

 

-gir. gais. goûts. dés.

clic. tact. toi. traces. clin.

-nir. -mer. -cher. -dir.

 

-tiller.

 

Pornographie (Schèmes)

Wednesday, September 3rd, 2008

Schèmes lacanisants

Qu’est-ce qu’un Pauvre ?

Tuesday, April 15th, 2008

Introduction (P.01) :

« La pauvreté est la joie endeuillée de ne jamais être assez pauvre. » - Martin Heidegger, Die Armut

Un récent sondage d’opinion, effectué à Guangzhou (Canton), révèle une évolution dans les “valeurs” sociales, particulièrement symptômatique de notre époque : en quelques années, la richesse est devenue “plus importante” que l’Amour, pour les Cantonais. Ce constat dénote le fait que la mondialisation de l’hyperconsommation tend à pousser la majorité des hommes à baser leur vie sur la richesse comme possession matérielle.

A l’opposé du riche, compris comme celui qui possède, le pauvre paraît avant tout être privé de quelque chose, il lui manque quelque chose. Mais cette privation n’est pensable que dans un rapport à un état qui serait “normal”, donc dans un rapport à autrui. Le pauvre manque de quelque chose car il n’a pas ce qu’il “doit” avoir, ou ce que l’autre (le riche) a. Dans une société, certaines normes classent les uns comme pauvres et les autres comme riche (ou, ni l’un ni l’autre : c’est être “dans la norme”). Mais, si la pauvreté peut-être définie selon l’avoir (matériel ou non : le pauvre est aussi celui qui manque de ressources), elle est d’abord vécue, c’est-à-dire ressentie : qu’il ait de la pitié ou du mépris, l’autre peut me “démunir”; je peux me sentir “nu”, pauvre.

Cependant, celui que se sent pauvre peut aussi le sentir par rapport à soi, à son état (physique et/ou psychique) : le pauvre est aussi celui qui est dans le besoin. A ce moment là, nous pouvons nous demander si le pauvre est d’abord celui qui ne possède pas, ou s’il est plutôt celui qui est possédé; est-il d’abord pauvre par rapport à lui ou par rapport aux autres ? Cela nous amène à une question plus fondamentale encore : le pauvre n’est-il pas, avant tout, celui qui manque d’être ?

 

Développement (P.02-16) :

Si ce sont les sociologues qui étudient la “pauvreté”, c’est simplement parce que le pauvre se définit d’abord socialement. Ainsi, les hommes vivent ensemble, dans les sociétés, et ne possèdent jamais exactement les mêmes choses. Le souci de l’inégalité des possessions a toujours, semble-t-il, été politique : la cité, pour trouver l’équilibre, doit faire attention à ce qu’un maximum de citoyens soient heureux, donc à ce qu’ils ne se sentent pas pauvres, par rapport aux autres. En outre, les sociétés ambitionnent généralement d’éviter le plus possible que les hommes soient dans le besoin. C’est pourquoi l’enjeu politique est double : faire en sorte que les hommes ne soient possédés ni par la nécessité, ni par les autres.

[…P.02-06 : Platon, Aristote et Hegel…]

Pour Hegel, manquer de reconnaissances sociales, c’est manquer de ressources, c’est-à-dire être possédé par la société. Mais, en cherchant des solutions à la pauvreté sociale, Hegel sent qu’il y a des failles dans sa conceptualisation. En effet, la dimension politique (au sens le plus large) néglige la base même des universalisations : le rapport du maître et de l’esclave n’a pas seulement le travail pour enjeu, elle est aussi du ressort d’un désir. Nous verrons alors que la pauvreté socio-politique (de l’ordre de l’avoir) dépend de la pauvreté érotique (de l’ordre de l’être).

[…P.06-10 : Hegel, Platon et Lacan…]

Pour le pauvre, le passage de l’être à l’avoir se fait par le non-avoir : être dans la parole, c’est d’abord être sans ressources. Du non-avoir à l’avoir, c’est-à-dire de l’aporie au social, autre chose entre en compte : la liberté. Pour Hegel, la pauvreté sociale (qui équivaut à une pauvreté politique) est dans l’exclusion. Parler librement amène au moins la possibilité d’être-au-monde (exclu ou inclus). Il ne reste plus alors qu’à revenir au point d’échec de l’obsessionnel (la “pauvreté symbolique” liée à la mort) pour comprendre le passage de la pauvreté sociale à la “plus riche” des pauvretés : l’Endeia, pauvreté matérielle.

[…P.11-16 : Diogène (Cyniques), Heidegger et Nancy…]

 

Conclusion (P.16) :

La pauvreté est le sens de la vie : ouverture à l’Amour (par le désir) et à la mort (par la finitude). Mais, “le sens indique la direction vers laquelle il échoue” (J. Lacan, S. XX - Encore) : la pauvreté ne peut être absolue car elle est toujours déjà un indice de richesse. Le pauvre est au moins riche de la vie, du mouvement.

Un pauvre, c’est un homme dénué de dénouement et doué d’un dehors. Un pauvre, c’est quelqu’un qui, manquant d’être, advient au désir par métonymie, et, manquant de ressources, advient à l’Amour par métaphore : pauvreté inconsciente. Un pauvre, c’est quelqu’un qui, manquant d’avoir, advient à la conscience par la parole, et manquant d’équilibre, advient au monde par la liberté : pauvreté sociale.

Un pauvre, enfin, c’est un homme dépossédé (de son corps, de ses repères, de son univers) et possédé (par la mort, le travail, les autres) : il est tenu ‘entre-deux-nus’, sa présence et sa nécessité. C’est la pauvreté matérielle.

La richesse est limitée par l’insatisfaction (de la vie) et par l’avenir (de l’existence). C’est pourquoi, être riche absolument, ce serait être pleinement là, parfaitement équilibré : ce serait être Dieu. Alors, s’il y a un bonheur humain (si l’homme peut l’atteindre), il n’est pas eudémoniste car il est (au moins un peu) déséqulibré… par le hasard, pauvreté infinie

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A améliorer : la clarté et la distinction sémantique, la représentation du pauvre, l’aspect déchet.

Psyborg : Transhumanisme

Monday, March 31st, 2008

I’m a Cyborg, but that’s OK !

Traverser verser l’entrave entre l’avec et l’entrée vers ces antres de l’attrait en train hanté par

l’Humain

Lu : main-

tenant atteint le tracé entassant les teints ressassés assez ratés datés tassés en traits très

Inhumain

Y-nu-m’in-

time le sublime l’infime immédiat idéal des mi-dits infinis d’un fini libidinal insu inique à nid

Transhumain

Transe hume un

désir désert des airs des ires des ères des arts des ors hors des heures dardées d’aise et

l’Inédit

Lit n’est di-

vers gens d’agents vierges de verges en vengeance d’engeance d’ange encensé en sens et

Dansant

Dans sang

blanc plein d’encre en clin d’œuvre coin de cran d’écran d’écrins en créant l’ancre des biens en

Transfert

Trans-faire

avec l’équivoque qui vaque à l’hic des qui vogue de vagues en vigueurs d’envies de vies à vide

Illuminé

Il eût miné

le retour retord et l’erre se tord de torts en tirs de trop de tris étriqués et triés à la traque étrillée

d’Humain

Du moins.

Lust, Caution

Monday, March 31st, 2008

Lust, Caution

Inspiré par Tony Leung et Tang Wei

Guère de franchise. Guerre de hantise.
MUR du sang blanc du semblant du sans blanc du MUR

Gare au regard.
Jets d’anges : danger !
Jade est porte : porte déja !
Jeux de lèvres, je de fièvres.
S’ouvrir-gémir-soupirer-sourire-s’inspirer-frémir-s’épanouir
S’oublier-se saisir-se noyer-se réjouir-s’imager-et mourir
Joues roses, jouent proses.
Joie d’aimer : des mais j’oit !
J’erre osée : rosée j’ai !
Des ires au désir.

MUR du sang blanc du semblant du sans blanc du MUR
Fissure de franchise. Fille sûre de hantise.

L’envie d’écrire (08/2006)

Friday, February 15th, 2008

matrix-03.jpg

Parfois, cela arrive à l’improviste, comme si une idée jaillissait, pour nous demander de l’inscrire, et de l’aimer. Mais, cela peut, aussi, être une simple attirance concrète, une envie d’emplir un vide, de cristalliser les alizés de nos pensées. Ainsi, par hasard, quelques fois, nous sommes pris par une volonté de pollution et de mort : entacher la pureté infinie du rien par des mots, maculer l’absolue blancheur de signifiants, assassiner le silence par un langage plein d’impertinence.
D’autres fois, assaillis par nos émotions, en pleine phase remémorative, nous pouvons être attirés par le matériel. Dans nos périples imaginaires, reconstruisant une réalité sur les ruines d’une action passée, il se peut qu’un sentiment de tournis nous prenne et nous secoue : alors, la fixité, l’immobilité de l’inscription, peut nous permettre une reprise d’équilibre, un regain de clairvoyance, une restructuration. Quand l’analyse mentale déborde ou quand elle se tarit, quand elle n’est plus assez ou qu’elle est déjà trop, c’est le désir d’instantanéiser, de ponctifier, ou a contrario, d’exalter, de lyriser la renaissance des moments vécus, qui nous submerge. Si l’imagination, les fantasmes et les souvenirs ne nous comblent pas, il nous faut faire un second deuil : après avoir détruit le sublime du Réel en reconstruisant notre existence sous le masque de l’Imaginaire, il nous arrive d’évanouir ce dernier, de le tuer sauvagement, à coups de lettres, l’effaçant pour y bâtir un nouveau monde.
Souvent, cela nous titille, nous excite, nous brûle, à la lecture d’un langage déjà posé. Devant nous, les symboles dansent, les figures de style chantent, et les mots nous emportent dans une folle farandole. Certains s’animent, s’allument ou s’abiment, enclenchant un film nouveau, d’autres se lient et s’allient, pour m’emporter dans un univers inconnu, il y en a qui me lisent et m’enlisent dans une image qui se brise, et quelques uns me hantent, m’appellent ou m’épouvantent… Ainsi, lire m’inspire comme dire m’aspire, et même pire : des métaphores m’attirent fort, des métonymies m’émeuvent en amies, des rimes arriment mes envies, des traits d’esprit m’attrayent… Bref, l’écriture m’émerveille et sous son empire, j’espère et je respire. Si les textes m’engourdissent parfois, dans l’extase ou dans l’effroi, dans leurs phrases ou dans le froid, très vite, le langage m’engage scripturalement à stasier mes idées toutes fraîches, à les coucher sur le papier ou à les allonger dans un lit informatisé. Finalement, chez moi, l’écriture crie l’écrit. La lecture encourage, plus que tout, mes mains à se lancer. Qu’elles fassent corps avec un stylo, dans une légère tension où mes pensées semblent traverser mes bras pour ressortir en encre et s’ancrer sur ma feuille; ou qu’elles soient unifiées à un clavier, dans de sordides fiançailles où la vie de mes membres rencontre l’inertie de touches figées que mes doigts semblent épouser; je comprend, au contact émouvant de mots mouvants, que je vais ressentir, qu’elle soit poésie ou pleine de délires, qu’elle soit analyse ou actions à décrire, cette intense envie d’écrire.

Cependant, j’évite systématiquement la spontanéité d’une littérature y préférant un lit de ratures. Mes inscriptions existent dans la répétition, la partition de mes prétentions et ‘pré-tensions’, l’ex(-)tradition de la terre de mes ‘taire’ et l’exultation de l’éther de mes passions. Ainsi, ma ‘litté-rature’ devient le fruit détruit de l’instant où le bruit de mes images ne sont plus que le bris de ses (riv)ages. Analysant luisant en ‘ana-lisant’, j’exténue les mots, je mets à nu les beaux et ajuste mes idéaux jusqu’à l’idée d’un haut. Mes désirs d’écrire ne s’assouvissent pas que sous vices et jamais entièrement, étant l’amant insatisfait des fées du parfait. Le bon terme, le dit fort, la phrase clé, la métaphore, le vers ferme, l’envolée d’or, le symbole vrai, ce que j’adore… Voilà tous les ser(re)ments que mon âme use et qui amuse ma muse. Sans médire, j’essaye, et ça me ronge, de la mi-dire, sans ‘ment-songes’ : la Vérité, pour m’irriter, hérite de mon mérite et, hypocrite, évite mes rites. Pour ‘désêtre’ ou renaître, j’érige un langage, volage, sauvage ou ‘pré-sage’, explosant mes envies en vies ponctifiées, sanctifiées et signifiées. C’est pourquoi, quand elle me prend, ‘l’en-vie’ décrire se rend en grand : dans le sang des signifiants, je n’ose faire simple, je n’ose faire blanc; je me tend à la puissance, à l’ins(is)tance de la jouissance.

Mais entre le vol des signes et le sol des lignes, il y a ‘l’ins-temps’, ce ‘vide-médian’. Cet absolu, pur zéro, ‘éro’ sûr, est le salut ‘a-lu’ de l’existence. Son ‘ab-sens’, ‘es-sens’ de ‘l’inno-sens’ n’est qu’un possible d’impossible, ‘oxy-mort’ ’sans-cible’, p(l)eine de riens. L’Un fini et l’Autre paraîssent paresse mais ne sont qu’avides ‘d’a-vides’. L’entre-deux ne peut être d’eux car il n’est pas nerf de ‘l’unaire’. Lunaire en tiers des ‘pré-cieux’ de la dyade, la ‘nade’ de ‘l’eau-céan’ passe pour promenade mais n’est qu’une ‘casse-cade’. Et c’est dans cette ‘baie-anse’ que traîne ma ‘désesp-errance’. Mais si dense et immense, j’élance le silence, je m’enfonce dans les (r)onces et j’offense la ’souff-rance’, éteignant ma ‘décroyance’, par ‘l’in-femme’ nymphatique, romantique en infâmie et érotique à ‘lymph-ini’.

Art de l’Image : 20 Films

Sunday, January 6th, 2008

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01 THE WAYWARD CLOUD (2005)

Avec seulement une poignée de longs métrages à son actif, le génial Tsaï Ming-Liang éclipsait déjà son pourtant très talentueux compatriote Hou Hsiao-Hsien… Taïwan est décidement riche en artistes… Mais avec ce chef d’œuvre, le réalisateur paraît franchir un cap supplémentaire, tant d’un point de vue philosophique que cinématographique. Voilà sans doute le film le plus innovant, le plus hallucinant et le plus dérangeant depuis bien longtemps. Voilà un monument artistique et théorique qui va faire date ! Toutes les scènes mériteraient une analyse approfondie, enchaînant les plans anthologiques ! Je me contenterai, ici, de mettre en exergue une structure binaire reliée par une récurrence pourtant déjà problématique en elle-même. D’un côté, la toile de fond sous forme de satire politique, comédie burlesque due à une pénurie d’eau, et, rendant la pastèque omniprésente et indispensable. De l’autre, la profonde réflexion sur l’érotisme et la pornographie, relevant de nombreux concepts philosophiques, mais aussi, illustrant certaines théories psychanalytiques. Entre les deux, comme lien, comme vide permettant la cohérence de l’ensemble, d’une part, le binôme solitude/urbanisme explorée par tous les films de l’artiste, d’autre part, la comédie musicale, fantasmatique, mettant les repères en question… Cette dernière, jubilatoire et intense, n’hésite pas à aller de la complainte spleenétique à l’exploration des tabous, clichés et normes sexuels… La persistance des embranchements permet, quant à elle, d’articuler ce qui dépasse cette structure déjà complexe. Mais surtout, au-delà de cette froide extrapolation, soulignons que Tsaï Ming-Liang sublime chaque situation, chaque silence, chaque proposition, en surprenant à tous moments, sa quête artistique n’ayant pas de limite scénaristique… Comme chez Kim Ki-Duk, la parole est pratiquement absente et l’acteur principal (Lee Kang-Sheng, exceptionnel) ne s’exprimera que par regards et chants (partie musicale). Sa partenaire, d’une présence inouïe, exacerbe chaque sentiment. Ce film hors du commun ne livre pas tous ses secrets (la valise, par ex.) mais réussit, tant par sa richesse esthétique que par sa subtilité conceptuelle à révolutionner l’histoire du cinéma. Enfin, même si chaque scène a son trésor de magnificence, je crois que trois ressortent véritablement de l’ensemble, dépassant pratiquement tout ce qui s’est fait auparavant. La deuxième scène est peut-être l’une des plus érotiquement aboutie de tous les temps. La scène de rencontre, très contemplative, est d’une finesse rarissime. Et surtout, la longue scène finale, choquante, fascinante, cathartique, est probablement la plus fabuleuse qui soit, du point de vue de la jouissance : mise en image digne d’une fiction bataillenne (comment ne pas penser à ses primordiaux écrits ?), le cinéaste taïwanais parvient à nous faire sentir, comme personne, les passages de l’érotisme à la pornographie et de celle-ci à celle-là. Réflexion sur le corps d’une puissance inimaginable et d’une justesse confondante ! Ce film (cette scène en particulier) vaut mieux que la quasi-totalité des essais antérieurs pour montrer la complexité de la question. Sublimissime Amour magnifié par ce vide (et ces barreaux : tissage signifiant de l’Autre), dans le mur (celui du semblant, du non-rapport sexuel ?), qui unit, par la mort (béance permettant la création), par l’offrande de la vie. Oscillation perpétuelle entre l’initiation et la transgression : le rien y est omniprésent, changeant l’ob-jet a en éclats différents, sécrétions puis traces orgasmiques (plus-de-jouir) : du sperme dans la bouche à la larme qui coule, du phallus triomphant à la tendre détumescence… Quelque chose se passe d’absolument inoubliable, quelque chose qui invoque l’origine de nos fantasmes. D’un espoir invincible. 19.89

 

02 LOVE EXPOSURE (2008)

le méconnu réal nippon, Sono Sion, anarchiste convaincu, a travaillait plusieurs années sur ce qui devait être son chef d’oeuvre… au final, plus de six heures de film, un véritable univers artistique, insortable publiquement.

dès lors, compromis avec le Spectacle (festivalier), réduction à 3h57, grâce à un montage vertigineux, virtuose et vital. visuellement, entre les jeux de couleurs, les compositions symbolistes, les cadrages sensationnels, les rythmes définissant les diverses qualités d’images, les libre variation sur tel ou tel émotion, telle ou telle forme, sont d’une force rare, déjà, ce que la musique, simple, brut, sobre, souligne avec juste ce qui faut d’à propos (cela dit, ce sera peut-être la seule part vraiment perfectible du film : imaginons-le avec une OST des WEG !)

ce “compromis” est donc une victoire viralisante, clé essentielle de ce chef d’oeuvre sans commune mesure (si ce n’est l’oeuvre de Kitano toute entière) : la croix symbolise toujours cette victoire, lorsqu’elle est érigée. Ce que Florence Ehnuel nous dit en ces termes : “l’érection est un miracle au quotidien”, un “saint-sacrement” ! elle a écrit son livre sur le “beau sexe des hommes” avant la sortie du film… convergence déconstructionniste quant à la civilisation judéo-chrétienne, et, a fortiori, les monothéismes… au-delà donc du projet de JL Nancy, c’est d’abord une critique de l’Un, du signifiant Maître, par le “Hentaï”, c’est-à-dire la père-version ! Or, comme le dit Lacan, “Dieu est père-vers”. Le passage du mystique au père-vers (ou l’inverse pour elle), se fait donc par un “miracle”, l’érection du corps/coeur (la pulsion indifférencie les deux) dans la rencontre réelle ET imaginaire…

les trois premiers chapitres structurent ce nouage avec brio, pour laisser place au quatrième, “lady Scorpion”, ou la confusion sexuelle, la confusion politique, la confusion artistique enfin… adolescence, c’est-à-dire expérimentation traumatique et aventureuse des corps d’abord, du monde ensuite, et donc, confrontation aux normes sexuelles d’abord, aux normes politiques ensuite… Il n’y a pas d’hétéro, pas d’homo… Bisexualité fondamentale, détournée par les rencontres, de la sagesse du détour. Tellement chinois ici. C’est là qu’intervient la charge féroce contre l’Empire des simulacres, le spectacle du capitalisme qui est, selon Benjamin, “la religion absolue”, ayant intégré le péché, intériorisé la faute, autant dire : “Church Zero” ! Zero, car le principe est de neutraliser les émotions en réduisant l’Amour au sexe ou l’inverse… diviser, classer, stigmatiser, moraliser, etc. surtout : capturer par divers dispositifs, récupérer les monothéismes, absorber tout Un, s’en servir, par le Zero… face à ça, peu de solutions, de profonds traumatismes, des explosions enfin… la violence, l’attentat, le choc, cela permet de faire doucement s’effondrer l’Empire… mais peut-être que le prix à payer est trop fort… en témoigne la dernière partie, très foucaldienne (”Surveiller et Punir”), répondant -d’un même coup- à “I’m a Cyborg but that’s OK !” et à “Misfits” (season 1), le détour par la parole, par la fuite, par l’Amour fou, sublimement optimiste !

mais une autre solution était proposée, évitée de peu, à cause d’autres normes, plus familiales, plus difficiles à combattre : une solution terriblement efficace contre le Spectacle, un court-circuit inouï du Détour : “Bukkake-sha” ou l’industrie porno… Il eût fallu commencer par là, viraliser par la plus grande puissance mondiale, la pornographie ! la clé de l’anticapitalisme est là, et nulle part ailleurs… contaminer les normes sexuelles et politiques en se servant de la force spectaculaire qui s’offre ici, de manière ténue, intelligente, en amenant du gong-fu dans la photo perverse, du VOL dans le voyeurisme, de l’ART dans le fétichisme… C’est le pornanarchisme, du sexuel PUNK, du Bukkak’art, c’est-à-dire une fête orgiaque saluant la victoire corporelle, la mystique des sécrétions, la père-version transgressive, des Uns contre du Zero plein d’Un, du multiple, mais du disséminé, entrechoqué à grand renfort d’amitiés, et de sacré !

 

alors, dire que Hikari Mitsushima et Takahiro Nishijima sont à la hauteur de cette immensité artistique cathartique débordante, c’est un compliment que peu d’acteurs peuvent soutenir… Un miracle, un autre. BANDANT ! 19.69

 

03 ENTER THE VOID (2010)

générique brutal, entrée soudaine et violente dans le monde de l’image.

saisis, nous partons alors avec Oscar -comme avec un autre Ulysse- vers une aventure infinie : nuit de la conscience, départ hallucinatoire, extase psychédélique.

vision mise à mal, flottante, errante, tourbillonnante. images qui échappent.

puis l’événement, l’accident, l’impact du temps. la mort. peut-être.

impression de séparation, d’envolée transcendante, par des trous de vers, des bris de vie. la vie ailleurs continue, mais hallucinée.

tout revient, ou plutôt, les traumas se dénouent, à travers elles. palimpseste des femmes, la mère, la soeur, l’amante, transparence, échos, chocs.

ce que nous voyons : cette composition d’un visuel cinématographiquement inégalé, vertigineux, sensationnel. une ivresse vitale, dans une urgence faisant resurgir tous les traumas de la vie, toutes ces rencontres, terribles ou merveilleuses…

SEX - MONEY - POWER : tridimension tokyoïte, soutenue par ce qui ne porte pas de nom,

qui n’apparaît pas illuminé, mais qui est là rampant : MISERE - AMOUR - VIDE

ce que nous ne voyons pas : éblouis ou ombrés, entre deux regards, entre une vision “subjective” et un oeil omniscient, le cercle qui se brise, la fin des images, la coupe, dans les jouissances, comme une scansion.

retour du réel, criant. ici ou à l’écran. hors du temps. même invisible, le vide est omniprésent. il dynamise la vie, les plus pleines des présences. il arrive au coin de la rue, à toute vitesse. il jaillit, dans les désirs, détournant

ce qui spectralise nos certitudes, nos repères, et même finalement, nos rapports fixes aux temporalités et aux spatialités. cela bouge. tangue. secoue. ça nous poursuit aussi. gravé en nous. ainsi, Noé invente ici l’intensité ultime de ce qui s’appelle image. il nous donne, comme une grenade dégoupillée, de l’explosion imminente, du bonheur testamentaire,

 

quelque chose de supraluminal.

expérience filmique à jamais bouleversante. 19.66

 

04 I’M A CYBORG, BUT THAT’S OK ! (2007)

Si j’étais Beethoven, ce film serait un peu ma ‘Huitième Symphonie’” (PCW) : entre sa trilogie cathartique et traumatisante sur la vengeance et son ambitieux essai sur les vampires, Park Chan-Wook nous offre en effet une oeuvre aux accents résolument optimistes, joyeux et lumineux. Mais, attention, ce bijou n’a rien d’une comédie romantique classique et sa légèreté oxygénante n’altère absolument pas la fabuleuse folie de l’ambiance, la prodigieuse profondeur des paroles et la virtuosité vivifiante de la réalisation. Passons sur l’esthétique visuelle, pourtant savoureuse. Passons sur le montage (vive le numérique), pourtant impressionnant. Passons même sur la musique, pourtant magnifique. Attardons-nous plutôt sur la topologie originale de l’ensemble : il y a le monde (société d’artifices mais société pleine de bonne volonté), il y a l’espace psychiatrique (”…ceux qui sont un peu plus angoissés que la normale sont placés en asile psychiatrique. Incompris par les adultes dans un monde de faux-semblants, les enfants sont certains que leur univers est stable et logique. De même, les schizophrènes se créent leurs propres mondes et s’y enferment. Cet asile est donc un grand jardin d’enfants. Chacun des fantasmes, chacune des illusions des patients fait sens dans leur univers à part. Et lorsque leurs mondes personnels se rencontrent dans une réalité semi-virtuelle, cela suscite une grande clameur.” -PCW) et il y a… l’Amour.  Young-Goon (Lim Soo-Jung) “est persuadée d’être un cyborg. Elle refuse de s’alimenter préférant sucer des piles et parler aux distributeurs automatiques” : elle aime les machines car ces dernières ont un sens, elle a peur de l’oralité (angoisse de perte), elle est traumatisée par sa grand-mère alzheimerisée (cette dernière ne mangeait que des rat-dits et se pensait comme mère de… souris). Il-Soon (Jung Ji-Hoon alias ‘Rain’, megastar asiatique de la K-Pop) est un schizophrène, anti-social, cleptomane et narcissique, il a peur de disparaître (angoisse de mort-scèlement), c’est pourquoi il vole les qualités des gens… Mais l’avoir ne remplace pas l’être. Il a surtout le pouvoir du transfert car il connaît la puissance des signifiants. Ce pouvoir restera stérile jusqu’au jour où il ‘tombe amoureux’ de Young-Goon. Là, il croit en elle, et, la faisant dépasser ses peurs, grâce à l’imaginaire intensifié qu’ils ont bientôt en commun, parvient à se défaire de sa mère. Le transfert devient d’amour et… le sens de la vie montre enfin son échec. Psychanalytiquement parlant (car PCW, en plus de sa formation philosophique et de son génie artistique, semble y comprendre l’essentiel), le psychotique Il-Soon se sauve de son enfermement en sublimant ses représentations pour sauver la bordotique Young-Goon de la forclusion du réel. En effet, la rencontre, dans l’Amour, d’une traversée par la parole fantasmatisante(métempsychose) et d’une traversée par la métonymie du manque-à-être (désir débordotisant) dépasse la fin d’un monde incompris pour se jeter dans l’incompréhension d’un monde renaissant. Ces travers sont des trajets transhumanistes, secret du film, magnifiquement incarné par l’évolution de Young-Goon : “I’m not a psycho, I’m a Psyborg !”. Ce n’est pas une question de sens, c’est une question de jouis-sens… Ajoutez-y un massacre à la John Woo, de la féérie à la Tim Burton, une palette humoristique interminable et une fin aussi savoureuse que pleine de promesse, et vous avez un trésor de scènes anthologiques doublé d’un puits d’appuis psychiques. Bien sûr la profondeur artistique aurait pu être encore plus insondable (comme dans Old Boy), bien sûr la question de la jouissance reste en plan, mais, au final, quelle image n’est pas jubilatoire, quelle émotion n’est pas divinatoire ? Ici, on touche à un certain degré de perfection : celui de la limpidité, éclat de dire, éclair du vrai. 19.61

 

05 2046 (2004)

Il y aurait tant à dire… Ce film mériterait, non pas un article entier, mais bien un blog pour lui tout seul ! Essayons de synthétiser l’indicible : 2h00 d’envoutement total où le sublime côtoie le bouleversant, où la magnificence visuelle se marie à la somptuosité des “instants volés au temps”. Wong Kar-Waï, génie absolu du 7ème art, nous livre-là, le fruit de cinq années de travail, et, le résultat dépasse l’entendement : l’éternel thème de l’Amour est sublimé par tous les aspects de ce chef d’oeuvre… Ainsi, la réalisation incroyable, les acteurs fabuleux (et notamment, un Tony Leung au sommet), la musique ensorcelante (génial Shigeru Umebayashi !), le montage divin (merci William Chang !), les dialogues savoureux… Et le scenario, bien sur, à la fois complexe et génial… Symboles multiples et troublants (pêle-mêle : “2046″ -Nombres, Noël, pluie, hôtel, musique, robes, fumée, couleurs -vert et rouge, surtout-, japonais…); thèmes primordiaux, entre raffinement et éblouissement : occasions manquées, passions défuntes (des faintes), désirs, regrêts, plaisirs… L’Amour sous toutes ses formes… Mais aussi (surtout ?), le temps qui passe, où passé, présent et futur se confondent, où les souvenirs et l’avenir s’unifient, où le présent s’apparente à des bribes d’existence, des gouttes intemporelles teintées de mélancolie…; ode à la féminité, aussi, grâce aux fascinants enchevêtrements de femmes, à travers lesquelles M.Chow (Tony Leung) voit défiler sa vie et ses sentiments, entre érotisme, passions et Amour véritable -celui qui n’arrive qu’une fois et qu’il faut “saisir au vol”… En bref : une sorte de bilan cinématographique kar-waïen nous racontant sempiternellement ce qu’est l’Amour et ce qu’est le Temps… Une recherche d’une profondeur inouïe où le temps et les sentiments s’entrelacent, s’osmotisent, se métaphysiquent… “Accomplissement de l’inachèvement” (dixit un critique) se mystifiant chaque fois davantage. A voir, revoir, encore et encore… Imprégnez-vous aussi d’In the Mood for Love, presque aussi intense de pureté et de lyrisme (la fameuse histoire d’amour de M.Chow avec Mme.Chan !), mais moins riche car expression transparente de la fêlure érotique, comme un fragment du futur bijou, comme une paillette annonçant l’incroyable joyau (la conséquence) qu’est “2046″… Et n’oubliez pas non plus d’emprunter un autre chemin d’analyse pour ces deux diamants : ce rapport si fécond entre Amour et Littérature, sans cesse expérimenté par M.Chow, écrivain et amoureux. Car ce que recherche M.Chow en écrivant, c’est l’Amour, l’atemporel, ce qu’il recherche comme ce que recherchent tous ceux qui partent pour 2046, c’est l’aveu amoureux. L’écriture, la littérature peut tout, elle peut nous faire comprendre ce qu’est le temps, ce qu’est l’atemporel, elle peut nous permettre d’atteindre 2046… sauf l’aveu, sauf l’Amour. M.Chow s’imagine être le seul revenu de 2046 mais personne ne le peut réellement, personne ne peut connaître ce qu’il en est vraiment. 2047, ce présent de l’écriture, c’est cette recherche de l’écrivain, cette recherche qui ne permet que de comprendre le temps, pas de comprendre l’Amour. A défaut d’aveu, il faut répéter l’adieu. En effet, “2046″ est une tragédie, à sa manière, une ritournelle d’adieux, transcendant toutes les facettes de La femme, en tant qu’impossible, à travers les femmes passées, présentes… Et à venir ? En attendant, il y a l’oubli (boire, baiser, s’abrutir), la fragmentation de l’espace (rideaux, voiles, portes…) et l’espoir qu’il y ait un après les secrets… Cet espoir n’a sans doute était possible qu’avec l’écriture de 2047, qui a permi de comprendre ce que l’écriture ne permet pas : elle permet les adieux mais jamais l’aveu amoureux. Que de pistes, que d’aventures nous offre WKW : à chaque vision, une nouvelle réalité nous apparaît. 19.55

 

06 BATALLA EN EL CIELO (2005)

Tragédie mexicaine aux accents tarkovskiens -mais avec la crudité réaliste clarkienne, l’errance filmique antonionienne, le lyrisme subtil karwaïen, le symbolisme discret kimien et l’imprévisibilité cathartique tsaïenne-, le film de l’artiste Reygadas nous fait vivre une tension palpable entre présence et absence, chute et élévation, destin et liberté… Cette “bataille” jaillit en image à partir d’un travail exceptionnel sur les sons et par le point de vue errant de la spectralité des plans : la violence pornographique des désirs et la violence érotique des peurs se trouvent hantées par l’absence (ce mort endeuillant les choix), mais cette hantise paraît à son tour détruite par l’interférence des atmosphères sensorielles… La scène de fellation bouclant (introït-extroït) le film est à la fois sublime dans son cadrage et originale dans son processus identificatoire; la scène de baise d’obèses se fait sublime dans sa composition et géniale dans son processus projectif; la scène où Ana -d’un érotisme irradiant- se donne à Marcos -antihéros époustouflant- bouleverse tant qu’elle semble en éjecter la camera… Mais ces scènes ne donne tant d’émotion que parce que la cohérence du montage augmente les sursauts et rythme le souffle. Chaque scène est nécessaire car à chaque fois la présence se trouve tiraillée d’une manière autre, oscillant entre pragmatique et mystique. La sidération des sens ne saurait toutefois être si intense sans l’orchestration musicale, proche de la perfection. Cette profusion pourtant ne donne naissance qu’à une épure cinématographique, comme pour mieux nous saisir, au plus proche et au plus sobre de nos frissons. 19.49

 

07  AIR DOLL (2009)

jamais un film n’avait traité des liens entre vide et vie avec autant d’originalité, de pertinence et de perfection formelle.

l’air comme vide soufflé, respiration, animation des corps, plastiques, jetables, déchets fous de reflets fous.

solitudes citadines. éternité ou destin. ou alors, peut-être, la sortie vers le beau, lorsque le “I’m off” rencontre le “beautiful”… mystérieux et improbable.

“la vie, il faut la croire sur parole” : cette phrase incroyable de Sony Labou Tansi pourrait, aussi, résumer le film, tant là où ça parle, ça inspire et ça aspire, ça opacifie la peau…

c’est contemplatif mais c’est frissonant, ça hypnotise mais ça fait sursauter, ça pointe du détail mais ça explore l’invisible, c’est plein de plans liants et riants, découvrant l’espace au gré des rencontres, des accidents, des jeux…

les secrets de l’enfance, de la naissance, du mourir, du sourire, du soupir, de la puissance, et puis…

du toucher

qui irradie

qui sort

de la torpeur

c’est définitivement oxygénant, vivifiant, ténu pourtant.

c’est enfin, une mise en abyme du cinéma, de sa lumière, de son mouvement, de ses désirs, de ses tourments.

c’est profondément nippon : un bris de semblants. 19.45 

08 VISAGE (2009)

Là où ça rate, là où le manque agit, là où le pulsionnel touche à nos fantasmes : fantômes devenant visages plutôt que symptômes devenus vissages. Impossibilité du rapport sexuel (ou non). Rencontres avortées, phrases esquissées, désirs en souffrance. Interruptions. Pourtant, des présences se font jour, s’intensifient, s’envisagent. Apparitions furtives ou explosives, lorsque ça déborde (comme l’eau, comme la neige, comme le feu aussi) ou lorsque ça se dérobe (comme le regard, comme le reflet, comme le rendez-vous aussi). La mort de la Mère. La transmission du Père. La quête -masquée- de la figure -dévisagée- de la vie. Mises en abyme abîmées, failles à l’aune de la quatrième dimension. La dimension sauvage, celle du cerf, volant. L’attente. Le noir. S’en libérer. Salomé. Danse malgré la solitude. Danse malgré les habitudes. Le roi, mystique en diable (Léaud, au sommet, comme toujours), comme fusionné avec Jean-Baptiste, sortant du trou, pour tourner autour du cadran. Dans l’axe du levant, jusqu’à ce que l’animal, insaisissable, soit hors champ. Hors chants.Titi meurt, Zizou vit. Le don du père échoue là où sa métaphore résout. Perdu, Kang (Lee, sensationnel, encore une fois) trouvera alors sa voie. Via les expérimentations des voiles et des matières, des formes et des contenus, dans l’espacement, le discontinu. Elle (Casta, enfin consacrée) irradie : si elle s’applique à s’empêcher de voir, à combler la clarté, c’est -aussi, surtout- pour enfin lier corps -si épanoui, si troublant- et visage -si expressif mais si évanouissant-, ce que les coupes et les embrasures des cadres géniaux, des trouvailles de plans et de pleins, des transitions insoupçonnées, mettent en exergue. Tsaï Ming-Liang, tout en enrichissant son film des apports des deux précédents, fait ici pendant à “Et là-bas quelle heure est-il ?”, comme complément et dépassement, des parents. Toutes les scènes ont leur nécessité, autant dans les lieux souterrains que dans ceux communs pour dénouer la réalité, méandres de l’imaginaire, pour aborder, finalement, le Réel. 19.41

 09 SOUFFLE (2007)

Film hypersignifiant, fruit d’un génie structuré en 10 jours, jubilatoire et cathartique. Kim Ki-Duk semble avoir trouvé les clés de la sérénité : d’une poéticité folle, d’un humour subtile et ravageur, par un périple bouleversant, ‘Soom’ propose l’oxygène cinématographique qui nous manquait. Il ne s’agit pas d’un triangle amoureux, il ne s’agit pas d’une éthique (ni d’une morale), il s’agit d’une sagesse esthétisée, voix silencieuse et inouïe. Pas un plan pauvre, pas une scène transitoire : tout est densité, saturation d’émotions contradictoires, équivoque brûlante. Ainsi, face aux désespoirs (à l’air raréfié), c’est l’espace de l’esprit que nous ouvre l’artiste : ode passionnée, Réel apparut au détour -symbolique- des photos et écrans. Mystique appel à l’extraordinaire : la ‘Jouiscence’. De l’errance à l’Eros, la précision et la justesse des jeux d’images coupent… le Souffle ! Mais transmettent un vent nouveau au septième art. Chang Chen est vertigineux de profondeur, Ha Jung-Woo est fascinante. Les sons parachèvent l’osmose. 19.35

10 MY SASSY GIRL (2001)

“Le destin, c’est juste bâtir un avenir pour la personne que l’on aime.” : voilà comment résumer cet extraordinaire joyau cinématographique, en une phrase (celle de l’auteur). Pour son premier film, Kwak Jae-Young s’élève directement au rang de génie (et de star en son pays) ! D’apparences inégales, ce film est, pourtant, absolument extraordinaire. D’une structure rarissime et sensationnelle, il nous fait sourire, rire, nous émeut, nous attendrit, voire, nous arrache quelques larmes… Comédie succulente, délicieuse, joyeuse… Mais aussi, et surtout, romance d’une puissance inouïe. Cette histoire d’Amour peu commune est une fabuleuse “bulle de bonheur”… La plus célèbre des actrices coréennes -et pour cause !-, Jeon Ji-Hyun irradie le film de sa beauté et de son talent; son “partenaire”, Cha Tae-Hyun (Gyeon-Woo) est à l’unisson. Soulignons, aussi, la qualité de la musique, osmotisant à merveille les émotions… Enfin, notons que ce bijou est en crescendo : l’humour craquant laisse place à des scènes d’un romantisme inégalé… Jusqu’à la scène finale : une des plus savoureuses de l’histoire du 7ème art. Ainsi, globalement, le film a 3 niveaux de lectures : le premier est celui du divertissement pur, le second est celui des contre-pieds (codes des succès cinématographiques antérieurs détournés), le troisième est allégorique (sur le hasard et l’Amour, primordialement). 19.33

 

 

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