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AVALON - le Fantastique de la Disparition
Thursday, December 10th, 2009
Si, comme chez Antonioni, la disparition altère la distinction entre réalité et fiction, elle n’est pas, chez Mamoru Oshii, mise en image de la même manière. En effet, Avalon est un film fantastique, c’est à dire, un film où l’équivoque entre rationalité et irrationalité -mais aussi entre naturel et surnaturel- crée une atmosphère d’étrangeté (à soi, au monde), transcrivant l’angoisse de vivre.
[Cette définition du fantastique repose sur la définition littéraire de T. Todorov]
Ainsi, Avalon nous fait éprouver, via une expérimentation complexe et ardue de l’imaginaire, la hantise de l’absence, revenance risquant de s’absolutiser en kénose du sens. C’est donc un film fantastique dont l’inspiration la plus explicite et revendiquée vient du court-métrage de Chris Marker, La Jetée (1962).
Le titre, Avalon, fait référence à la légende arthurienne (île mythologique où errent les immortels), mais aussi à un jeu vidéo de guerre (l’univers virtuel du film), et, à la « classe réelle » de ce même jeu vidéo (la partie spectaculaire du virtuel). Ces trois niveaux de compréhension sont à appréhender ensemble, faisant d’Avalon le lieu de disparition principal du film.
Dans ce film, l’entrée dans le jeu se comprend comme le passage de la réalité à la virtualité. C’est la présence d’Ash -l’héroïne-, qui définit cette distinction, et ce sont les disparitions l’affectant qui en altère la portée. Ash est une joueuse solitaire, à la survie quotidienne banale et sombre, elle ne vit que par le jeu car il lui rappelle l’épopée qu’elle vécut avec son ancienne équipe, les “Wizards”, avant que son amant Murphy ne disparaisse, perdu à jamais dans la virtualité.
C’est pour le retrouver qu’Ash tentera d’aller au bout du jeu, en accédant à cette si mystérieuse « classe réelle », épreuve finale de la disparition. Comment le cinéma fantastique parvient-il à nous montrer la difficulté de cette épreuve ?
Pour y parvenir, Ash doit parcourir les deux systèmes de sens que nous allons vous développer dans nos deux premières parties :
I – Le système fantastique de la survivance.
II – Le système neutre du spectacle.
Ce sont les rapports entre ces deux systèmes de sens qui nous amèneront à notre troisième partie, plus directement ancrée à notre problématique :
III – Impacts des lieux de disparitions sur la vie.
L’intégralité du texte : avalon-le-fantastique-de-la-disparition.pdf
Merleau-Ponty & les Arts visuels
Thursday, December 10th, 2009Par ici : merleau-ponty-et-les-arts-visuels.pdf
Time
Wednesday, March 12th, 200808/08
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Ici, l’artiste Kim Ki-Duk ressent la nécessité de la clarté esthétique : il devient “le philosophe de la connaissance tragique” tant espéré par Friedrich Nietzsche.
En effet, son œuvre est un véritable réquisitoire face aux dérives de l’artifiel en artificieux, face à l’engrenage rationaliste, face au voile de la logique.
“Volonté de puissance” nietzschéenne : démonstration violemment philosophique des ravages identitaires d’un Temps assassin. Mais fragile.
Le chirurgien avait pourtant prévenu : “vous ne pourrez pas revenir en arrière”. L’erreur de la fuite est une errance que le Temps ne pardonne pas.
Dès lors, le sublime investit le film par son impitoyable verdict : le déséquilibre identitaire est fatal. Le sexe, la solitude, le sang : rien n’y fait. Pourtant, l’Amour…
Charles Melman explique qu’il y a quatre composantes identitaires à équilibrer. Chez Kim Ki-Duk, il semble évident que la chirurgie esthétique y fait symptôme.
L’identité réelle se perd dans un retour du Même, écartant le symbolique de l’imaginaire. L’horloge égrène les secondes, les saisons s’écoulent et l’espoir s’écroule.
“Le parc aux sculptures” est un refuge, un témoin et une métaphore. En tant qu’art, il permet d’affronter le tragique. Mais il reflète aussi le choix de la déchéance.
Pèlerinage toujours révélateur : seules les mains atteignent le ciel. Les avatars sexuels ne suffisent pas à stopper la montée des eaux. “Seul l’Amour résiste au Temps”.
Ainsi, dans ce nouveau chef d’œuvre, Kim Ki-Duk subtilise l’apparente transparence d’une démonstration facile en débordant les concepts par l’aura des visages. Clés d’un savoir thanatochrone.
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Dans un an : les Jeux Olympiques “Beijing 2008″. Là encore, le civilisationnel est mis en danger par l’artificiel. Espérons que la logique capitaliste productivo-corrompante (antithèse) aboutira, comme le communisme rigido-liberticide (thèse), au dépassement dialectique par la culture (synthèse).Le monstre malade retrouvera sa dignité d’”Empire du Milieu” à la condition que cet événement importantissime fasse triompher art et sport, accélérant ainsi le nécessaire contre-poids à l’américanisation des décennies passées : la ’sinisation’ du monde.
Là-bas, le “8″ est associé au Bonheur, à la parfaite harmonie. Les 3 huit choisis comme date symbolique ne doivent pas se désolidariser. Sinon, la Chine trébuchera, le ‘8′ tombera et deviendra l’infini déséquilibre : limite à éviter pour un Monde de progrès.
L’enjeu d’une éventuelle domination chinoise est avant tout à chercher dans leur ‘esthétique’ : il en va de l’avenir éthique, ou même philosophique.
Embrasures
Sunday, February 24th, 2008Inspiré par les films de Tsaï Ming-Liang
Embrase ur-
gemment l’ambre
azur.
Embrasse ar-
demment l’ombre
hasard.
En braise or-
ganique imbr-
ique hors.
En bras er-
ratique un br-
ic-à-l’air.
Embrise ir-
respiration br-
is si ont jouir.
Embrasures
fuyant l’embr-
uyant à pures.
Art de l’Image : 25 Films
Sunday, January 6th, 2008
01 THE WAYWARD CLOUD (2005)
Avec seulement une poignée de longs métrages à son actif, le génial Tsaï Ming-Liang éclipsait déjà son pourtant très talentueux compatriote Hou Hsiao-Hsien… Taïwan est décidement riche en artistes… Mais avec ce chef d’œuvre, le réalisateur paraît franchir un cap supplémentaire, tant d’un point de vue philosophique que cinématographique. Voilà sans doute le film le plus innovant, le plus hallucinant et le plus dérangeant depuis bien longtemps. Voilà un monument artistique et théorique qui va faire date ! Toutes les scènes mériteraient une analyse approfondie, enchaînant les plans anthologiques ! Je me contenterai, ici, de mettre en exergue une structure binaire reliée par une récurrence pourtant déjà problématique en elle-même. D’un côté, la toile de fond sous forme de satire politique, comédie burlesque due à une pénurie d’eau, et, rendant la pastèque omniprésente et indispensable. De l’autre, la profonde réflexion sur l’érotisme et la pornographie, relevant de nombreux concepts philosophiques, mais aussi, illustrant certaines théories psychanalytiques. Entre les deux, comme lien, comme vide permettant la cohérence de l’ensemble, d’une part, le binôme solitude/urbanisme explorée par tous les films de l’artiste, d’autre part, la comédie musicale, fantasmatique, mettant les repères en question… Cette dernière, jubilatoire et intense, n’hésite pas à aller de la complainte spleenétique à l’exploration des tabous, clichés et normes sexuels… La persistance des embranchements permet, quant à elle, d’articuler ce qui dépasse cette structure déjà complexe. Mais surtout, au-delà de cette froide extrapolation, soulignons que Tsaï Ming-Liang sublime chaque situation, chaque silence, chaque proposition, en surprenant à tous moments, sa quête artistique n’ayant pas de limite scénaristique… Comme chez Kim Ki-Duk, la parole est pratiquement absente et l’acteur principal (Lee Kang-Sheng, exceptionnel) ne s’exprimera que par regards et chants (partie musicale). Sa partenaire, d’une présence inouïe, exacerbe chaque sentiment. Ce film hors du commun ne livre pas tous ses secrets (la valise, par ex.) mais réussit, tant par sa richesse esthétique que par sa subtilité conceptuelle à révolutionner l’histoire du cinéma. Enfin, même si chaque scène a son trésor de magnificence, je crois que trois ressortent véritablement de l’ensemble, dépassant pratiquement tout ce qui s’est fait auparavant. La deuxième scène est peut-être l’une des plus érotiquement aboutie de tous les temps. La scène de rencontre, très contemplative, est d’une finesse rarissime. Et surtout, la longue scène finale, choquante, fascinante, cathartique, est probablement la plus fabuleuse qui soit, du point de vue de la jouissance : mise en image digne d’une fiction bataillenne (comment ne pas penser à ses primordiaux écrits ?), le cinéaste taïwanais parvient à nous faire sentir, comme personne, les passages de l’érotisme à la pornographie et de celle-ci à celle-là. Réflexion sur le corps d’une puissance inimaginable et d’une justesse confondante ! Ce film (cette scène en particulier) vaut mieux que la quasi-totalité des essais antérieurs pour montrer la complexité de la question. Sublimissime Amour magnifié par ce vide (et ces barreaux : tissage signifiant de l’Autre), dans le mur (celui du semblant, du non-rapport sexuel ?), qui unit, par la mort (béance permettant la création), par l’offrande de la vie. Oscillation perpétuelle entre l’initiation et la transgression : le rien y est omniprésent, changeant l’ob-jet a en éclats différents, sécrétions puis traces orgasmiques (plus-de-jouir) : du sperme dans la bouche à la larme qui coule, du phallus triomphant à la tendre détumescence… Quelque chose se passe d’absolument inoubliable, quelque chose qui invoque l’origine de nos fantasmes. D’un espoir invincible. 19.89
02 I’M A CYBORG, BUT THAT’S OK ! (2007)
“Si j’étais Beethoven, ce film serait un peu ma ‘Huitième Symphonie’” (PCW) : entre sa trilogie cathartique et traumatisante sur la vengeance et son ambitieux essai sur les vampires, Park Chan-Wook nous offre en effet une oeuvre aux accents résolument optimistes, joyeux et lumineux. Mais, attention, ce bijou n’a rien d’une comédie romantique classique et sa légèreté oxygénante n’altère absolument pas la fabuleuse folie de l’ambiance, la prodigieuse profondeur des paroles et la virtuosité vivifiante de la réalisation. Passons sur l’esthétique visuelle, pourtant savoureuse. Passons sur le montage (vive le numérique), pourtant impressionnant. Passons même sur la musique, pourtant magnifique. Attardons-nous plutôt sur la topologie originale de l’ensemble : il y a le monde (société d’artifices mais société pleine de bonne volonté), il y a l’espace psychiatrique (”…ceux qui sont un peu plus angoissés que la normale sont placés en asile psychiatrique. Incompris par les adultes dans un monde de faux-semblants, les enfants sont certains que leur univers est stable et logique. De même, les schizophrènes se créent leurs propres mondes et s’y enferment. Cet asile est donc un grand jardin d’enfants. Chacun des fantasmes, chacune des illusions des patients fait sens dans leur univers à part. Et lorsque leurs mondes personnels se rencontrent dans une réalité semi-virtuelle, cela suscite une grande clameur.” -PCW) et il y a… l’Amour. Young-Goon (Lim Soo-Jung) “est persuadée d’être un cyborg. Elle refuse de s’alimenter préférant sucer des piles et parler aux distributeurs automatiques” : elle aime les machines car ces dernières ont un sens, elle a peur de l’oralité (angoisse de perte), elle est traumatisée par sa grand-mère alzheimerisée (cette dernière ne mangeait que des rat-dits et se pensait comme mère de… souris). Il-Soon (Jung Ji-Hoon alias ‘Rain’, megastar asiatique de la K-Pop) est un schizophrène, anti-social, cleptomane et narcissique, il a peur de disparaître (angoisse de mort-scèlement), c’est pourquoi il vole les qualités des gens… Mais l’avoir ne remplace pas l’être. Il a surtout le pouvoir du transfert car il connaît la puissance des signifiants. Ce pouvoir restera stérile jusqu’au jour où il ‘tombe amoureux’ de Young-Goon. Là, il croit en elle, et, la faisant dépasser ses peurs, grâce à l’imaginaire intensifié qu’ils ont bientôt en commun, parvient à se défaire de sa mère. Le transfert devient d’amour et… le sens de la vie montre enfin son échec. Psychanalytiquement parlant (car PCW, en plus de sa formation philosophique et de son génie artistique, semble y comprendre l’essentiel), le psychotique Il-Soon se sauve de son enfermement en sublimant ses représentations pour sauver la bordotique Young-Goon de la forclusion du réel. En effet, la rencontre, dans l’Amour, d’une traversée par la parole fantasmatisante(métempsychose) et d’une traversée par la métonymie du manque-à-être (désir débordotisant) dépasse la fin d’un monde incompris pour se jeter dans l’incompréhension d’un monde renaissant. Ces travers sont des trajets transhumanistes, secret du film, magnifiquement incarné par l’évolution de Young-Goon : “I’m not a psycho, I’m a Psyborg !”. Ce n’est pas une question de sens, c’est une question de jouis-sens… Ajoutez-y un massacre à la John Woo, de la féérie à la Tim Burton, une palette humoristique interminable et une fin aussi savoureuse que pleine de promesse, et vous avez un trésor de scènes anthologiques doublé d’un puits d’appuis psychiques. Bien sûr la profondeur artistique aurait pu être encore plus insondable (comme dans Old Boy), bien sûr la question de la jouissance reste en plan, mais, au final, quelle image n’est pas jubilatoire, quelle émotion n’est pas divinatoire ? Ici, on touche à un certain degré de perfection : celui de la limpidité, éclat de dire, éclair du vrai. 19.69
02 2046 (2004)
Il y aurait tant à dire… Ce film mériterait, non pas un article entier, mais bien un blog pour lui tout seul ! Essayons de synthétiser l’indicible : 2h00 d’envoutement total où le sublime côtoie le bouleversant, où la magnificence visuelle se marie à la somptuosité des “instants volés au temps”. Wong Kar-Waï, génie absolu du 7ème art, nous livre-là, le fruit de cinq années de travail, et, le résultat dépasse l’entendement : l’éternel thème de l’Amour est sublimé par tous les aspects de ce chef d’oeuvre… Ainsi, la réalisation incroyable, les acteurs fabuleux (et notamment, un Tony Leung au sommet), la musique ensorcelante (génial Shigeru Umebayashi !), le montage divin (merci William Chang !), les dialogues savoureux… Et le scenario, bien sur, à la fois complexe et génial… Symboles multiples et troublants (pêle-mêle : “2046″ -Nombres, Noël, pluie, hôtel, musique, robes, fumée, couleurs -vert et rouge, surtout-, japonais…); thèmes primordiaux, entre raffinement et éblouissement : occasions manquées, passions défuntes (des faintes), désirs, regrêts, plaisirs… L’Amour sous toutes ses formes… Mais aussi (surtout ?), le temps qui passe, où passé, présent et futur se confondent, où les souvenirs et l’avenir s’unifient, où le présent s’apparente à des bribes d’existence, des gouttes intemporelles teintées de mélancolie…; ode à la féminité, aussi, grâce aux fascinants enchevêtrements de femmes, à travers lesquelles M.Chow (Tony Leung) voit défiler sa vie et ses sentiments, entre érotisme, passions et Amour véritable -celui qui n’arrive qu’une fois et qu’il faut “saisir au vol”… En bref : une sorte de bilan cinématographique kar-waïen nous racontant sempiternellement ce qu’est l’Amour et ce qu’est le Temps… Une recherche d’une profondeur inouïe où le temps et les sentiments s’entrelacent, s’osmotisent, se métaphysiquent… “Accomplissement de l’inachèvement” (dixit un critique) se mystifiant chaque fois davantage. A voir, revoir, encore et encore… Imprégnez-vous aussi d’In the Mood for Love, presque aussi intense de pureté et de lyrisme (la fameuse histoire d’amour de M.Chow avec Mme.Chan !), mais moins riche car expression transparente de la fêlure érotique, comme un fragment du futur bijou, comme une paillette annonçant l’incroyable joyau (la conséquence) qu’est “2046″… Et n’oubliez pas non plus d’emprunter un autre chemin d’analyse pour ces deux diamants : ce rapport si fécond entre Amour et Littérature, sans cesse expérimenté par M.Chow, écrivain et amoureux. Car ce que recherche M.Chow en écrivant, c’est l’Amour, l’atemporel, ce qu’il recherche comme ce que recherchent tous ceux qui partent pour 2046, c’est l’aveu amoureux. L’écriture, la littérature peut tout, elle peut nous faire comprendre ce qu’est le temps, ce qu’est l’atemporel, elle peut nous permettre d’atteindre 2046… sauf l’aveu, sauf l’Amour. M.Chow s’imagine être le seul revenu de 2046 mais personne ne le peut réellement, personne ne peut connaître ce qu’il en est vraiment. 2047, ce présent de l’écriture, c’est cette recherche de l’écrivain, cette recherche qui ne permet que de comprendre le temps, pas de comprendre l’Amour. A défaut d’aveu, il faut répéter l’adieu. En effet, “2046″ est une tragédie, à sa manière, une ritournelle d’adieux, transcendant toutes les facettes de La femme, en tant qu’impossible, à travers les femmes passées, présentes… Et à venir ? En attendant, il y a l’oubli (boire, baiser, s’abrutir), la fragmentation de l’espace (rideaux, voiles, portes…) et l’espoir qu’il y ait un après les secrets… Cet espoir n’a sans doute était possible qu’avec l’écriture de 2047, qui a permi de comprendre ce que l’écriture ne permet pas : elle permet les adieux mais jamais l’aveu amoureux. Que de pistes, que d’aventures nous offre WKW : à chaque vision, une nouvelle réalité nous apparaît. 19.69
04 BATALLA EN EL CIELO (2005)
Tragédie mexicaine aux accents tarkovskiens -mais avec la crudité réaliste clarkienne, l’errance filmique antonionienne, le lyrisme subtil karwaïen, le symbolisme discret kimien et l’imprévisibilité cathartique tsaïenne-, le film de l’artiste Reygadas nous fait vivre une tension palpable entre présence et absence, chute et élévation, destin et liberté… Cette “bataille” jaillit en image à partir d’un travail exceptionnel sur les sons et par le point de vue errant de la spectralité des plans : la violence pornographique des désirs et la violence érotique des peurs se trouvent hantées par l’absence (ce mort endeuillant les choix), mais cette hantise paraît à son tour détruite par l’interférence des atmosphères sensorielles… La scène de fellation bouclant (introït-extroït) le film est à la fois sublime dans son cadrage et originale dans son processus identificatoire; la scène de baise d’obèses se fait sublime dans sa composition et géniale dans son processus projectif; la scène où Ana -d’un érotisme irradiant- se donne à Marcos -antihéros époustouflant- bouleverse tant qu’elle semble en éjecter la camera… Mais ces scènes ne donne tant d’émotion que parce que la cohérence du montage augmente les sursauts et rythme le souffle. Chaque scène est nécessaire car à chaque fois la présence se trouve tiraillée d’une manière autre, oscillant entre pragmatique et mystique. La sidération des sens ne saurait toutefois être si intense sans l’orchestration musicale, proche de la perfection. Cette profusion pourtant ne donne naissance qu’à une épure cinématographique, comme pour mieux nous saisir, au plus proche et au plus sobre de nos frissons. 19.49
05 SOUFFLE (2007)
Film hypersignifiant, fruit d’un génie structuré en 10 jours, jubilatoire et cathartique. Kim Ki-Duk semble avoir trouvé les clés de la sérénité : d’une poéticité folle, d’un humour subtile et ravageur, par un périple bouleversant, ‘Soom’ propose l’oxygène cinématographique qui nous manquait. Il ne s’agit pas d’un triangle amoureux, il ne s’agit pas d’une éthique (ni d’une morale), il s’agit d’une sagesse esthétisée, voix silencieuse et inouïe. Pas un plan pauvre, pas une scène transitoire : tout est densité, saturation d’émotions contradictoires, équivoque brûlante. Ainsi, face aux désespoirs (à l’air raréfié), c’est l’espace de l’esprit que nous ouvre l’artiste : ode passionnée, Réel apparut au détour -symbolique- des photos et écrans. Mystique appel à l’extraordinaire : la ‘Jouiscence’. De l’errance à l’Eros, la précision et la justesse des jeux d’images coupent… le Souffle ! Mais transmettent un vent nouveau au septième art. Chang Chen est vertigineux de profondeur, Ha Jung-Woo est fascinante. Les sons parachèvent l’osmose. 19.45
06 VISAGE (2009)
Là où ça rate, là où le manque agit, là où le pulsionnel touche à nos fantasmes : fantômes devenant visages plutôt que symptômes devenus vissages. Impossibilité du rapport sexuel (ou non). Rencontres avortées, phrases esquissées, désirs en souffrance. Interruptions. Pourtant, des présences se font jour, s’intensifient, s’envisagent. Apparitions furtives ou explosives, lorsque ça déborde (comme l’eau, comme la neige, comme le feu aussi) ou lorsque ça se dérobe (comme le regard, comme le reflet, comme le rendez-vous aussi). La mort de la Mère. La transmission du Père. La quête -masquée- de la figure -dévisagée- de la vie. Mises en abyme abîmées, failles à l’aune de la quatrième dimension. La dimension sauvage, celle du cerf, volant. L’attente. Le noir. S’en libérer. Salomé. Danse malgré la solitude. Danse malgré les habitudes. Le roi, mystique en diable (Léaud, au sommet, comme toujours), comme fusionné avec Jean-Baptiste, sortant du trou, pour tourner autour du cadran. Dans l’axe du levant, jusqu’à ce que l’animal, insaisissable, soit hors champ. Hors chants.Titi meurt, Zizou vit. Le don du père échoue là où sa métaphore résout. Perdu, Kang (Lee, sensationnel, encore une fois) trouvera alors sa voie. Via les expérimentations des voiles et des matières, des formes et des contenus, dans l’espacement, le discontinu. Elle (Casta, enfin consacrée) irradie : si elle s’applique à s’empêcher de voir, à combler la clarté, c’est -aussi, surtout- pour enfin lier corps -si épanoui, si troublant- et visage -si expressif mais si évanouissant-, ce que les coupes et les embrasures des cadres géniaux, des trouvailles de plans et de pleins, des transitions insoupçonnées, mettent en exergue. Tsaï Ming-Liang, tout en enrichissant son film des apports des deux précédents, fait ici pendant à “Et là-bas quelle heure est-il ?”, comme complément et dépassement, des parents. Toutes les scènes ont leur nécessité, autant dans les lieux souterrains que dans ceux communs pour dénouer la réalité, méandres de l’imaginaire, pour aborder, finalement, le Réel. 19.41
07 SIWORAE (2000)
Peut-être le film coréen le plus abouti. Comme Wong Kar-Waï, Lee Hyun-Seung étudie le Temps et l’Amour; mais, la comparaison s’arrête là. En effet, dans ce film, le réalisateur tire la quintessence des meilleurs films coréens : un décor sublimissime à la Kim Ki-Duk marié à un scénario fabuleusement original à la Kwak Jae-Young… Impensable de profondeur, indescriptible de beauté, inimaginable de poésie, cette merveille fusionne pureté et subtilité avec enchantement. Un Homme (beau et touchant); une Femme (fascinante et émouvante); un “Ailleurs” (paradisiaque et fantasmant)… Lui vit en 1998; elle vit vit en 2000 : deux mondes parallèles que rien ne semble pouvoir réunir. Et pourtant… L’Amour évanouit le Temps. Symbolisé par cette mystérieuse boîte aux lettres, l’Amour atemporalise les sentiments. Ces derniers se cristallisent dans les lettres, “signifiants arrivant toujours à destination” (Lacan). Quant au chien Cola (adorable), il est l’image de cet Amour : son dédoublement n’est que la représentation d’une concordance fantasmatique. Il est là pour rappeler l’unicité du Désir : hors du temps, convergence dans l’ineffable de l’Amour. Dans cette fabuleuse évocation de l’impossible, le réel semble soutenir chaque détail dans son irréalité même. La musique ne fait que renforcer ce voyage extatique à travers ce paroxysme du symbolisme, lyrisme et romantisme. Que reprocher à cette oeuvre inouïe ? Son manque de folie ? Son étude de l’implicite ? Sa trop grande douceur ? Non : l’émotion est trop forte, les frissons trop présents, les sensations trop réelles… Ce film nous submerge de sensibilité, il nous évapore en nous entrebaillant la porte de notre inconscient : petit aperçu de ce Réel qui nous comble en nous éclipsant. 19.36
08 MY SASSY GIRL (2001)
“Le destin, c’est juste bâtir un avenir pour la personne que l’on aime.” : voilà comment résumer cet extraordinaire joyau cinématographique, en une phrase (celle de l’auteur). Pour son premier film, Kwak Jae-Young s’élève directement au rang de génie (et de star en son pays) ! D’apparences inégales, ce film est, pourtant, absolument extraordinaire. D’une structure rarissime et sensationnelle, il nous fait sourire, rire, nous émeut, nous attendrit, voire, nous arrache quelques larmes… Comédie succulente, délicieuse, joyeuse… Mais aussi, et surtout, romance d’une puissance inouïe. Cette histoire d’Amour peu commune est une fabuleuse “bulle de bonheur”… La plus célèbre des actrices coréennes -et pour cause !-, Jeon Ji-Hyun irradie le film de sa beauté et de son talent; son “partenaire”, Cha Tae-Hyun (Gyeon-Woo) est à l’unisson. Soulignons, aussi, la qualité de la musique, osmotisant à merveille les émotions… Enfin, notons que ce bijou est en crescendo : l’humour craquant laisse place à des scènes d’un romantisme inégalé… Jusqu’à la scène finale : une des plus savoureuses de l’histoire du 7ème art. Ainsi, globalement, le film a 3 niveaux de lectures : le premier est celui du divertissement pur, le second est celui des contre-pieds (codes des succès cinématographiques antérieurs détournés), le troisième est allégorique (sur le hasard et l’Amour, primordialement). 19.33
08 LOCATAIRES (2005)
Un chef d’oeuvre ! Une perle rare… Kim Ki-Duk explore, avec génie, les lisières du réel et de l’imaginaire, tout en nous envoutant par une fabuleuse histoire d’amour d’une pureté et d’une légèreté sans équivalent. L’artiste Sud-Coréen (Réalisateur, Scénariste, Producteur, Acteur, Monteur, Chef décorateur et Directeur artistique !) nous offre une véritable ode à la tolérance, à la philosophie et à l’amour… Par sa virtuosité de la mise en scène, par sa science de la camera, par son sens de l’ambiance et du détail, par son originalité et par son humour, Kim nous invite à un voyage, celui des émotions, base de toute communication. Ce film semi-expérimental nous emporte loin, très loin, où l’irréel de la réalité et l’irréalité du réel nous font percevoir notre vie, celle d’autrui, l’humanité toute entière, comme un rêve évolutif, remettant en question nos repères… Au final, l’exacerbation de l’implicite et de la métaphore nous incite à subjectiviser à l’extrême notre interprétation… D’une poésie aussi inexprimable qu’incompréhensible (surtout la scène finale, paroxysme du lyrisme), notamment grâce à des acteurs somptueusement bouleversants et une magnificence du silence encore jamais atteinte, ce film ne peut se raconter, s’expliquer : il se vit. En une phrase : un enchantement surréaliste triplé d’une contemplation de la sensibilité et d’une grâce de la sensation. 19.33
10 MATRIX : Matrix - Matrix Reloaded - Matrix Revolutions (1999-2003-2003)
Regorgeant de symboles (métaphores et métonymies à profusion), concepts, thèmes philosophiques et inventions scénaristiques, “Matrix” nous embarque dans un univers intense et envoutant où la réalité et la fiction se mélangent étroitement… Les questions sont beaucoup plus présentes que les réponses, et, la lutte du bien et du mal semble finalement plus proche de l’arc-en-ciel que du noir et blanc… Il est impossible de ressortir indemne de ce maelström d’interrogations identitaire, existentielle et universelle… En résumé, cette trilogie, qui peut dérouter tant elle est profonde, est le summum absolu de la science-fiction, et un chef d’oeuvre du 7ème art ! Au delà de la révolutionnaire prouesse technico-visuelle, au-delà de la créativité hallucinante, ce monument d’Humanité est d’une richesse folle. Notons, d’abord, la Trinité, le rôle du Trois qui revient immuablement, Morpheus représentant l’Autre pour Neo alors que Trinity est son autre. Chaque nom est une allusion. Notons, aussi, le Choix, essence humaine, qui s’oppose sans cesse au Destin, au déterminisme. Notons, ensuite, le Pas-tout, l’anomalie qui confirme la règle mais nie l’absolu. Et puis, la recherche de la Vérité, surtout. Le Réel face aux illusions imaginaires de la Matrice, celle du moi “choséifié”. Tous les symboles du film ne font qu’indiquer le “Désert du Réel” : l’”Amort”. Il nous faut aussi remarquer l’attente, le nulle-part de cette gare que l’on appelle Déréel. N’oublions pas non plus l’espoir, omniprésent. Et bien d’autres encore… Seul bémol, fausse note -c’est le cas de le dire- : la musique est par moment mal choisie… Enfin, l’inégalable travail philosophique des frères Wachowski trouve son apothéose dans l’idée finale : Dieu est (le) Deux. Et n’oubliez pas : l’Elu est l’Homme. Nous sommes tous Elus, nous sommes tous l’Un. 19.31




