Les Paroles et les Actes
Monday, March 31st, 2008Introduction (P.01) :
L’immatérialité apparente des paroles leur confère souvent une importance moindre que les actes : “ce ne sont que des paroles”. Mais les paroles semblent aussi des actes, ne serait-ce que des “actes de présence”, car la parole actualise notre rapport à autrui, par l’ouverture du corps. Ce rapport au monde que la parole permet paraît toujours effectif, dans le sens où la parole est actuelle à chaque fois qu’elle se “donne”. Pourtant, habituellement, un acte “facile à dire” n’est pas aussi “facile à faire”, comme si le langage et le mouvement du corps étaient difficile à concilier, les actes de langue étant alors complémentaires des actes corporels. Cependant, “dire” et “faire” peuvent être virtuels, c’est-à-dire que les actes consistant à “dire” et à “faire” réalisent ce que nous pouvons dire et faire. C’est le passage de la puissance à l’acte qui s’effectue.
Dire n’est pas parler, car nous pouvons “parler pour ne rien dire”, le “pour” désignant l’intention de ne pas modaliser (ou intoner) la parole, et, si parler peut aller “sans dire”, c’est que les paroles peuvent être prononcées, énoncées, ou simplement exprimées. Parler semble extérioriser, mettre quelque chose à distance (des paroles, hors du corps), sans pour autant faire discours, comme si la parole ne se réduisait pas à une fonction de communication. Les paroles nous semblent constitutives de notre être car elles nous ouvrent au sens, tout en formant notre corps, par le langage qu’elles mettent en mouvement. Comment croire que les paroles ne pourraient qu’être en puissance puisqu’elles semblent s’actualiser à chaque fois que nous parlons ? Mais, si elles ne sont qu’en actes, alors comment pourrait-on “prendre” la parole ? Peut-être est-ce justement cette prise de parole, qui actualisant le langage, ne fait acte que si nos paroles se donnent. Mais les actes peuvent-ils “se passer” de paroles ? Agir “en silence”, est-ce agir sans parler ?
Développement (P.02-08) :
Les paroles peuvent être comprises au sens du “logos” grec, lui-même dérivé de “legein”, et du verbe “legere”. C’est ainsi que la parole d’un seul a donné le monologue, et la dernière parole a induit l’épilogue. Ce qui nous fait comprendre que des actes “analogues” ne sont pas des actes identiques, mais des actes basés sur les mêmes paroles. […]
Il peut nous apparaître évident que nos paroles nous appartiennent, qu’elles nous identifient. Pourtant, si l’enfant est “celui qui ne parle pas” (”in-fans”), ce n’est pas parce qu’il n’en a pas le pouvoir, mais bien plutôt parce qu’il ne s’est pas approprié les paroles. […]
Nous pourrions dire que lorsque nous parlons sans nous en rendre compte (inconsciemment), nous sommes parlés, et donc, nous avons les paroles en puissance. En effet, les paroles prononcées alors ne sont pas actuelles car elles sont imitées ou répétées. […]
Comprendre que les paroles peuvent être des actes, à condition que ces paroles soient prises dans/par un corps, ne nous aident pas pour autant à cerner les rapports du don de paroles à la prise de parole. […]
Mais, ce double mouvement entéléchique suppose au moins deux choses : l’identification (en tout cas, l’identité de l’âme au corps) et la sortie du silence (la prise de parole). Sortir du silence est une action par la parole, une actualisation du silence. Ainsi, le silence peut être compris comme une parole tue. […]
Mais, pour comprendre comment les paroles peuvent devenir actes (et non seulement actions), et ainsi, comprendre que nos actes dépendent de nos paroles, il nous faut revenir sur l’identifiction. […]
C’est lors de l’identification “symbolique” que l’Autre forme l’espace propre de l’enfant, espace propre à sa prise de parole. L’enfant prend conscience de lui, de ses paroles, parce qu’il y a l’Autre. […]
Conclusion (P.08-09) :
Les paroles actualisent le langage en réalisant la prise de conscience de notre corps : les paroles en puissance identifient un “parlêtre” (J. Lacan) au lieu de l’Autre. Prendre la parole qui a été donnée, c’est “rompre” le silence, c’est-à-dire “couper” la parole à la solitude. La prise de parole est une prise de position, au monde, c’est une action donnant sens au monde. Mais ce n’est que le “main-tenant” de l’entente,dans l’écoute (écouter, ensemble, les paroles) qui transforme les paroles en actes, à la lumière de la temporalisation (M. Blanchot disait : “Maintenant, étrange rayon”). Donc, les paroles, constitutives de l’homme, permettent ses actes : par l’Autre, l’homme prend la parole; par l’autre, l’homme tient sa parole; la parole en acte devient ainsi un acte en parole. Si nous oublions souvent les paroles qui sont derrière les actes, c’est parce “qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend”(J. Lacan) : c’est dans l’entente que “prendre la parole” devient un “prendre acte”. Alors, si nous sommes “responsables” de nos actes, ce n’est qu’à condition que nos paroles soient entendues.
Mais alors, n’y a-t-il pas d’acte sans parole ? Que serait un acte a-logique ? Un acte de ce type ne peut être qu’un acte “court-circuitant” les paroles qui, pourtant, sont à notre disposition. Quand les paroles se dissolvent-elles, quand sont-elles absentes ? Nous pensons à la jouissance… Mais est-elle un acte ? Elle semble plutôt un processus d’actualisation. Alors, quels actes pourraient être sans paroles ? Les actes où la parole entre en conflit, et s’évanouit :
L’acte d’écrire, acte solitaire, anime le corps sans l’Autre. Et, si “l’écrit n’est pas à comprendre” (J. Lacan, Séminaire Encore), c’est parce qu’il est acte sans parole. Acte génial (c’est l’inspiration qui nous anime).
L’acte d’aimer, acte hasardeux, anime le corps par “l’ob-jet a“, ce reste, cette trace que J. Lacan nomme “cause du désir”. L’acte d’aimer donne, plus que tout, des paroles en puissance. Actualiser ces paroles, parler d’Amour, c’est “une jouissance en soi” (ibid.). Donc, la fin des paroles.
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A améliorer : La conceptualisation de l’acte, notamment en son sens praxique.La clarté de la conduite réflexive.