Amour et Solitude : deux citations de situations
“L’amour est un jeu dont vous êtes le héros. Vous pourriez y laisser votre peau. Plutôt ça, à tout prendre, que d’en sortir.
Vous n’avez jamais connu ça. Vous ne voudriez plus connaître que ça. Vous ne savez pas comment connaître encore ça. Vous ne pourrez connaître mieux que ça.
(…) Vous aimeriez écrire la lettre que vous ne lui avez jamais écrite -même si vous lui en avez écrit, et des tartines. Chaque mot est un tact. Les phrases doivent déposer, comme goutte à goutte, leur tact sur la peau sans peau, cette peau en dessous de la peau, de l’autre. Elle est, selon l’expression, à fleur de peau; se trouve l’être, mais, assez forte pour se protéger du monde, qui lui fut plutôt hostile, cette seconde peau, à fleur de nerfs, seul votre toucher, et pas celui des doigts, en a avivé toutes les plaies. Ce n’est pas ce que vous aviez voulu.
Il est arrivé que vos mots l’écorchent. Par accident le plus souvent, par nécessité absolue deux ou trois fois. Une pichenettte verbale sans conséquences, en eut de funestes.
Pour stopper l’hémorragie, vous vous tenez à distance désormais -ce choix lucide fut le sien, vous n’en faites ni une honte, ni une gloire masochiste. Pour que votre toucher ne devienne pas insupportable à sa fragilité, à cette cotonneuse névropathie, que vous aurez eu le mauvais rôle de déclencher -il faudra y mettre les mots. Dans ces mots ne se lira pas le besoin de la toucher, par effraction, mais le désir qui la touche -qui la caresse au pointillé de ce que ces nerfs ne peuvent montrer. C’est cette fragilité atomistique, punctiforme, de l’envers de ces nerfs -qui fait toute sa force, à elle.”
*1
“Mon amour. Pourquoi je t’aime. Tu n’existes pas. Pourquoi tu n’existes pas. Pourquoi n’as-tu pas existé. Tu n’es pas avec moi. Dans mon trou. Pourquoi n’y a-t-il pas un trou pour nous deux. Nous pourrions demeurer là. Deux êtres en un seul. En un seul trou un seul. Pourquoi nous ne sommes pas là. Pourquoi nous n’existons pas. Pourquoi nos êtres n’ont pas tenté de vivre. D’aller au trou ensemble. De vivre pleinement. Dans un trou. De nous croiser. De nous mélanger vraiment. De faire un noeud. Un noeud avec nos deux êtres. Pourquoi nous n’avons pas tenté d’être, et de faire un noeud avec nous. Nous deux seuls en un noeud. Pourquoi es-tu partie. Pourquoi n’es-tu jamais venue. Venue à moi. Pourquoi n’as tu jamais été là. Dans mon trou. Pour qu’on le fasse ce noeud. Un joli petit noeud d’amour. Pourquoi n’as-tu jamais existé. Alors que pourtant je sens ce noeud. Je le sens en moi et toi aussi tu le sentais. Tu sentais le noeud se faire en toi. Ce noeud qui nous creusait. Qui creusait notre amour. Qui creusait ce trou pour que finalement, seul, j’y aille.”
*2
“Vous voudriez la conduire à cette région où les mots se déposent, à l’étouffée, et propagent leur vrai poids. Leur poids d’amour. Que vos mots n’écorchent plus, sans faire exprès -ce barbelé à vif que vous avez, sans l’avoir su aux prémisses, violé. Cette région où elle se sente en paix, et bien, et heureuse. Ne pesant, sans plus rien voir ou percevoir, que le poids de cet amour.
(…) Là où l’affaire amoureuse éteint les mots dans l’aphasie traumatique, le trauma amoureux s’éteint dans les mots. Ce que vous voudriez, en menant votre enquête, pour elle, c’est cette fois que la vérité de l’amour, sa volupté, que vous pouvez établir, avec elle, s’éteigne dans ces mots, qui ont tant nui. Que le jeu abattu, n’abatte que la force de nuisance que ces mots ont eue, contre toute raison, contre toute bonne intention, contre toute bonne pétition. Que les mots, traces mouchetées sur le tapis, ne laissent, entre vous deux, que le silence viluptueux, le silence amoureux. Ce qui sera la condition pour recommencer, ensuite, à parler, d’un coeur plus léger.”
*1
*1 : Mehdi Belhaj Kacem, L’essence n de l’amour, éd. Tristram, P. 9-13
*2 : Charles Pennequin, La ville est un trou, éd. P.O.L, P. 107
Tags: Amour, Autre, Citations, Deux, Jeu, Noeud, Solitude, Toucher, Trou
May 25th, 2010 at 10:01 am
This blog is very interesting
May 25th, 2010 at 10:01 am
Have you got more news like that ?