Le Roman en Détails

Honoré de Balzac écrit, dans une note aux “Scènes de la Vie privée” : « L’auteur croit fermement que les détails seuls constitueront désormais le mérite des ouvrages improperment appelés Romans. » - Estimez-vous que les romans de Balzac, et les romans français postérieurs, justifient cette opinion ?

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Introduction (P.01-02) :

L’originalité la plus évidente de l’œuvre d’Honoré (de) Balzac est celle qui a tant plu à Emile Zola et Marcel Proust : le retour des (nombreux) personnages, d’un livre à l’autre. Parfois explicitement dérivés des relations sociales de Balzac, souvent implicitement inspirés par l’entourage de l’auteur, les personnages de la Comédie humaine paraîssent davantage les détails d’une chronique mondaine que les ‘acteurs’ d’un roman.

Ainsi, quand Balzac affirme, dans une note aux “Scènes de la Vie privée” (sous-ensemble de l’œuvre, regroupant plusieurs livres) : “l’auteur croit fermement que les détails seuls constitueront désormais le mérite des ouvrages improprement appelés Romans”, cela sonne comme une ‘démission’ de l’écrivain-artiste en faveur d’un auteur-chroniqueur. Mais, en choisissant délibérément de se positionner contre une esthétique romanesque, préférant un réalisme socio-historique descriptif, échappe-t-il pour autant à tout genre littéraire ? Répondre à cette question revient à éclaircir la notion un peu ‘vague’ (car polysémique) de “détails” : pouvant être caractéristiques ou surprenants, importants ou insignifiants, les détails sont les éléments d’un ensemble, les parties d’un Tout. Dès lors, il convient de se demander ce que les détails “constitueront” (si l’œuvre n’est pas un roman, comment caractériser l’ensemble alors créé ?) et comment ils constitueront les “ouvrages” (l’écrivain fournit des détails pour décrire, pour caractériser, pour énumérer, préciser, raconter… Mais, comment les articuler, et, quelle importance leur donner ?). Pour Balzac, les détails permettent d’expliciter les situations avec le plus d’exactitudes possibles : ils forment un “portrait” pouvant lui-même devenir détail d’un “tableau”, ce dernier pouvant être détail d’une ‘galerie’, etc. Il risque alors de se perdre dans les détails (lesquels sont importants ?), son “mérite” étant alors réduit à celui du collectionneur. Si les ouvrages de Balzac ont un “mérite” uniquement constitué par les détails, ce mérite semble glisser du littéraire au scientifique : c’est l’unité du roman, celle de l’œuvre fictionnelle, qui est ici remise en question. Peut-être est-ce le style (fait-il défaut à Balzac ?) qui justifie (rend digne de) la part littéraire du livre, son intérêt en tant qu’œuvre, en tant que création à l’épreuve du monde.Comment les détails d’une œuvre parviennent-ils à constituer un mérite littéraire, et, quel peut être le mérite propre au roman ?

D’abord, nous étudierons, à partir des livres balzaciens, la nature et le pouvoir des détails face à la réalité. Nous envisagerons, ensuite, la constitution d’un ensemble littéraire et les limites du ‘détaillable’. Enfin, nous questionnerons le ’sens’ des détails pour le roman et l’indétaillable comme principe intrinsèque à la littérature.  

 

Développement (P.02-20) :

Pourtant fervent admirateur de Balzac, Gustave Flaubert s’exclamait : “Quel homme eût été Balzac s’il eût su écrire !” La part de sérieux contenue dans cette phrase provocatrice fait référence aux carences esthétiques des livres de l’auteur de la Comédie humaine. De même, M. Proust (dans Contre Sainte-Beuve) critique la faiblesse d’un “style” souvent réduit à l’accumulation impersonnelle de faits et d’images. Ainsi, les détails des livres de Balzac semblent voués à la fixation et à la généralisation objectivantes, préférant l’orientation sociale de la réalité aux visions naturaliste d’un Zola, sentimentaliste d’un Flaubert ou obsessionnelle d’un Huysmans.

[…P.02-07 : Balzac, Zola, Flaubert, Huysmans…]

La nature des détails varie selon la vision de l’auteur : Balzac accumule des détails explicites et banals car sa vision est sociale; Zola multiplie les détails métaphoriques et naturalistes car sa vision est impressionniste; Flaubert se rabat sur les détails car il ne peut pas faire autrement pour déployer l’échec d’une vision totale; Huysmans abuse des détails pour tourner les codes implicites du genre romanesque en ridicule : vision désacralisante et libératrice. Ainsi, faire avec les détails semble une nécessité relevant davantage de la composition que de la nature.

[…P.07-14 : Balzac, Proust, Jarry, Sade…]

Le sens du détail est à la fois ce que Balzac nous offre et ce qui lui a échappé. L’importance du ‘rien’ est la voie empruntée par les romans qui tirent leur puissance des rapports de l’indétaillable aux détails. Le détail comme évènement est ce qui permet de maîtriser l’apparition de l’équivoque. Pour cela, deux styles s’opposent et se complètent : depuis Maurice Blanchot, le “désœuvrement” s’oppose à l’expérimentation langagière.

[…P.14-20 : Blanchot, Prigent, Cadiot, Quintane…]  

 

Conclusion (P.21) :

Les récits balzaciens nous révèlent, plus que tout, l’impossibilité d’atteindre un mérite littéraire par “les détails seuls”. Ainsi, la puissance propre aux détails est systématiquement biaisée par la vision (idéologique) de l’écrivain; c’est pourquoi la composition de l’œuvre est nécessaire pour empêcher les détails de s’effondrer face à leurs limites, ou de leur faire barrage, au détriment de l’œuvre. Ceux qui subissent l’indétaillable -donc, qui sous-estiment le pouvoir des détails- écrivent des œuvres “improprement appelées Romans”. Pourtant, Balzac (avec son retour des personnages et sa précision ‘picturale’), Zola (avec son naturalisme ‘impressionniste’ et sa capacité à écrire la jouissance), Flaubert (avec son habileté à exprimer les sentiments et à fluidifier l’écriture), et Huysmans (avec son radicalisme parodique et son érudition encyclopédique) ont tous un mérite littéraire, c’est-à-dire que leurs écrits sont dignes d’intérêt, en ce qui concerne les rapports de l’homme au monde. Leurs mérites relèvent, peut-être de fictions fabulistes, illusionnistes ou idéalistes.

La libération de l’œuvre, par une visée esthétique du langage, est le premier mérite, constitué par les détails, du roman : la confiance en une sensibilité que l’imaginaire est capable d’exacerber dans une fusion des détails avec leur part d’indétaillable (grâce aux liens stylistiques) permet à M. Proust de composer des perceptions; la neutralisation, du réalisme par un symbolisme, qui fait apparaître l’équivoque de l’indétaillable à travers les contradictions des détails (par dialectique, ‘pataphysique et sonorisation) permet à A. Jarry de structurer la puissance de l’Amour; la mise en scène de l’insoutenable pornographie par les paroles ordonnançant les détails sordides (en cernant ce qui évacue l’image) permet à D.A.F. Sade de suggérer la nécessité de l’indétaillable. Mais, le deuxième mérite propre au roman, inconsciemment proposé par Balzac, est celui que Maurice Blanchot théorise et pratique : transformer les détails en événements par le sens de l’il-y-a issu du désœuvrement. Reprenant les jeux jarryques, Christian Prigent, quant à lui, éclaire un troisième mérite romanesque : la puissance de sens des détails est ‘maximalisée’ par l’expérimentation langagière (son, rythme et voix) de l’indétaillable. Enfin, Cadiot (par sa vitesse) et Quintane (par sa ruse) offrent au roman détaillé (car indétaillable) un ultime mérite : l’effet de surprise.

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A améliorer : Clarté et simplicité.

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