L’envie d’écrire (08/2006)

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Parfois, cela arrive à l’improviste, comme si une idée jaillissait, pour nous demander de l’inscrire, et de l’aimer. Mais, cela peut, aussi, être une simple attirance concrète, une envie d’emplir un vide, de cristalliser les alizés de nos pensées. Ainsi, par hasard, quelques fois, nous sommes pris par une volonté de pollution et de mort : entacher la pureté infinie du rien par des mots, maculer l’absolue blancheur de signifiants, assassiner le silence par un langage plein d’impertinence.
D’autres fois, assaillis par nos émotions, en pleine phase remémorative, nous pouvons être attirés par le matériel. Dans nos périples imaginaires, reconstruisant une réalité sur les ruines d’une action passée, il se peut qu’un sentiment de tournis nous prenne et nous secoue : alors, la fixité, l’immobilité de l’inscription, peut nous permettre une reprise d’équilibre, un regain de clairvoyance, une restructuration. Quand l’analyse mentale déborde ou quand elle se tarit, quand elle n’est plus assez ou qu’elle est déjà trop, c’est le désir d’instantanéiser, de ponctifier, ou a contrario, d’exalter, de lyriser la renaissance des moments vécus, qui nous submerge. Si l’imagination, les fantasmes et les souvenirs ne nous comblent pas, il nous faut faire un second deuil : après avoir détruit le sublime du Réel en reconstruisant notre existence sous le masque de l’Imaginaire, il nous arrive d’évanouir ce dernier, de le tuer sauvagement, à coups de lettres, l’effaçant pour y bâtir un nouveau monde.
Souvent, cela nous titille, nous excite, nous brûle, à la lecture d’un langage déjà posé. Devant nous, les symboles dansent, les figures de style chantent, et les mots nous emportent dans une folle farandole. Certains s’animent, s’allument ou s’abiment, enclenchant un film nouveau, d’autres se lient et s’allient, pour m’emporter dans un univers inconnu, il y en a qui me lisent et m’enlisent dans une image qui se brise, et quelques uns me hantent, m’appellent ou m’épouvantent… Ainsi, lire m’inspire comme dire m’aspire, et même pire : des métaphores m’attirent fort, des métonymies m’émeuvent en amies, des rimes arriment mes envies, des traits d’esprit m’attrayent… Bref, l’écriture m’émerveille et sous son empire, j’espère et je respire. Si les textes m’engourdissent parfois, dans l’extase ou dans l’effroi, dans leurs phrases ou dans le froid, très vite, le langage m’engage scripturalement à stasier mes idées toutes fraîches, à les coucher sur le papier ou à les allonger dans un lit informatisé. Finalement, chez moi, l’écriture crie l’écrit. La lecture encourage, plus que tout, mes mains à se lancer. Qu’elles fassent corps avec un stylo, dans une légère tension où mes pensées semblent traverser mes bras pour ressortir en encre et s’ancrer sur ma feuille; ou qu’elles soient unifiées à un clavier, dans de sordides fiançailles où la vie de mes membres rencontre l’inertie de touches figées que mes doigts semblent épouser; je comprend, au contact émouvant de mots mouvants, que je vais ressentir, qu’elle soit poésie ou pleine de délires, qu’elle soit analyse ou actions à décrire, cette intense envie d’écrire.

Cependant, j’évite systématiquement la spontanéité d’une littérature y préférant un lit de ratures. Mes inscriptions existent dans la répétition, la partition de mes prétentions et ‘pré-tensions’, l’ex(-)tradition de la terre de mes ‘taire’ et l’exultation de l’éther de mes passions. Ainsi, ma ‘litté-rature’ devient le fruit détruit de l’instant où le bruit de mes images ne sont plus que le bris de ses (riv)ages. Analysant luisant en ‘ana-lisant’, j’exténue les mots, je mets à nu les beaux et ajuste mes idéaux jusqu’à l’idée d’un haut. Mes désirs d’écrire ne s’assouvissent pas que sous vices et jamais entièrement, étant l’amant insatisfait des fées du parfait. Le bon terme, le dit fort, la phrase clé, la métaphore, le vers ferme, l’envolée d’or, le symbole vrai, ce que j’adore… Voilà tous les ser(re)ments que mon âme use et qui amuse ma muse. Sans médire, j’essaye, et ça me ronge, de la mi-dire, sans ‘ment-songes’ : la Vérité, pour m’irriter, hérite de mon mérite et, hypocrite, évite mes rites. Pour ‘désêtre’ ou renaître, j’érige un langage, volage, sauvage ou ‘pré-sage’, explosant mes envies en vies ponctifiées, sanctifiées et signifiées. C’est pourquoi, quand elle me prend, ‘l’en-vie’ décrire se rend en grand : dans le sang des signifiants, je n’ose faire simple, je n’ose faire blanc; je me tend à la puissance, à l’ins(is)tance de la jouissance.

Mais entre le vol des signes et le sol des lignes, il y a ‘l’ins-temps’, ce ‘vide-médian’. Cet absolu, pur zéro, ‘éro’ sûr, est le salut ‘a-lu’ de l’existence. Son ‘ab-sens’, ‘es-sens’ de ‘l’inno-sens’ n’est qu’un possible d’impossible, ‘oxy-mort’ ’sans-cible’, p(l)eine de riens. L’Un fini et l’Autre paraîssent paresse mais ne sont qu’avides ‘d’a-vides’. L’entre-deux ne peut être d’eux car il n’est pas nerf de ‘l’unaire’. Lunaire en tiers des ‘pré-cieux’ de la dyade, la ‘nade’ de ‘l’eau-céan’ passe pour promenade mais n’est qu’une ‘casse-cade’. Et c’est dans cette ‘baie-anse’ que traîne ma ‘désesp-errance’. Mais si dense et immense, j’élance le silence, je m’enfonce dans les (r)onces et j’offense la ’souff-rance’, éteignant ma ‘décroyance’, par ‘l’in-femme’ nymphatique, romantique en infâmie et érotique à ‘lymph-ini’.

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