Archive for May, 2008
le parlêtre
Thursday, May 22nd, 2008“Voilà, il me semble, ce qui plus que tout autre chose est une vérité première, c’est que le théâtre, art indépendant et autonome, se doit pour ressusciter ou simplement pour vivre de bien marquer ce qui le différencie d’avec le texte, d’avec la parole pure, d’avec la littérature et tous autres moyens écrits et fixés.”
Antonin Artaud - Le théâtre et son double
Un mot pour un autre, formule de la métaphore
Thursday, May 22nd, 2008“L’étincelle créatrice de la métaphore ne jaillit pas de la mise en présence de deux images, c’est à dire de deux signifiant. Elle jaillit entre deux signifiants dont l’un s’est subtitué à l’autre en prenant sa place dans la chaine signifiante, le signifiant occulté restant présent de sa connexion (métonymique) au reste de la chaine. Un mot pour un autre tel est la formule de la métaphore, et si vous êtes poête, vous produirez, à vous en faire un jeu un jet continu voire un tissu éblouissant de métaphores”
J.Lacan - l’instance de la lettre dans l’inconscient- les Ecrits
Un mot pour un autre
Thursday, May 22nd, 2008IRMA, annonçant.
Madame la comtesse de Perleminouze!
MADAME, fermant le piano et allant au-devant de son amie
Chère, très chère peluche! Depuis combien de trous, depuis combien de galets n’avais-je pas eu le mitron de vous sucrer!
MADAME DE PERLEMINOUZE, très affectée.
Hélas ! chère! j’étais moi-même très, très vitreuse ! Mes trois plus jeunes tourteaux ont eu la citronnade, l’un après l’autre. Pendant tout le début du corsaire, je n’ai fait que nicher des moulins, courir chez le ludion ou chez le tabouret, j’ai passé des puits à surveiller leur carbure, à leur donner des pinces et des moussons. Bref, je n’ai pas eu une minette à moi.
MADAME
Pauvre chère! Et moi qui ne me grattais de rien!
MADAME DE PERLEMINOUZE
Tant mieux! Je m’en recuis ! Vous avez bien mérité de vous tartiner, après les gommes que vous avez brûlées! Poussez donc: depuis le mou de Crapaud jusqu’à la mi-Brioche, on ne vous a vue ni au « Waterproof», ni sous les alpagas du bois de Migraine! Il fallait que vous fussiez vraiment gargarisée!
MADAME, soupirant
Il est vrai!… Ah! quelle céruse ! Je ne puis y mouiller sans gravir.
MADAME DE PERLEMINOUZE, confidentiellement Alors, toujours pas de pralines ?
MADAME
Aucune.
MADAME DE PERLEMINOUZE
Pas même un grain de riflard?
MADAME
Pas un! Il n’a jamais daigné me repiquer, depuis le flot où il m’a zébrée!
MADAME DE PERLEMINOUZE
Quel ronfleur! Mais il fallait lui racler des flammèches!
MADAME
C’est ce que j’ai fait. Je lui en ai raclé quatre, cinq, six peut-être en quelques mous : jamais il n’a ramoné.
MADAME DE PERLEMINOUZE
Pauvre chère petite tisane !. . . (Rêveuse et tentatrice.) Si j’étais vous, je prendrais un autre lampion!
MADAME
Impossible! On voit que vous ne le coulissez pas! Il a sur moi un terrible foulard! Je suis sa mouche, sa mitaine, sa sarcelle; il est mon rotin, mon sifflet; sans lui je ne peux ni coincer ni glapir;jamais je ne le bouclerai! (Changeant de ton.) Mais j’y touille, vous flotterez bien quelque chose: une cloque de zoulou, deux doigts de loto ?
MADAME DE PERLEMINOUZE, acceptant.
Merci, avec grand soleil.
Extrait d’Un mot pour un autre de Jean Tardieu.